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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 13/07/2009, 21:25    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

" Il va falloir que vous teniez encore quelques minutes, je ne tiens pas à devoir fouiller vos poches pour trouver votre adresse exacte si vous vous évanouissez..."

Souseiji grogna alors que le prêtre glissait un bras sous son épaule pour l'aider à se lever. Le fixant d'un air épuisé l'ivrogne mit tout de même un certain temps à de percuter ce qu'il venait de lui dire. Au ralenti, certes, il fini par songer qu'il ne serait pas judicieux ni pour lui, ni pour le gaijin qu'il s'écroule ici en pleine rue. De un, parce qu'il n'avait malgré tout aucune confiance en cet individu, et de deux, il ne voulait pas donner cette image de chef désoeuvré et faiblard si jamais ils venaient à rencontrer des hommes de sa factions. Il n'était certes pas toujours appréciés pour ses méthodes plutôt radicales, mais on devait reconnaître que le Capitaine savait forcer le respect. Alors ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait détruire ce mythe qu'il avait bien mit vingt ans à construire.

Cependant, l'adulte n'avait pas prévu être à ce point en manque de drogue. Le malaise qu'il évitait la plupart du temps prenait à présent le pas sur son alcoolisme. Son bras se mit à trembler davantage alors que sa migraine se fit soudain plus violente encore. Le Capitaine fut contraint de s'arrêter quelques instants, terrassé par une fulgurante douleur. L'adulte pesta contre sa trop grande faiblesse et se remit en marche. Pourtant sa dépendance n'avait jamais été un problème, du moins ces dernières années. Il avait toujours veillé à ne jamais se retrouver en manque. Mais la véritable raclée que subissait la faction bleue ces derniers temps avait suffit pour le maire à réduire légèrement le budget attribué à la milice. Et voilà comment il se retrouvait si misérablement en pénurie de drogue, faute de pouvoir s'en payer assez.

L'adulte songea à son tiroir qui recelait encore quelques précieuses doses. De quoi tenir deux semaines environ. Après quoi, le Capitaine serait vraiment dans la merde. Sa dépendance était si forte qu'il n'arriverait pas à s'en passer plus de quelques jours, et encore. Ce manque le rendait véritablement fou, mais il devait avouer qu'en combat, se doper au "sevrage" était presque un avantage, bien qu'il lui enlevait toute trace de lucidité. Chose qu'il n'avait pas particulièrement dans l'instant présent. Tout en avançant il fixa silencieux les immeubles alentour. Pas particulièrement alerte, le brun trébucha emportant dans son mouvement le gaijin. Mais il se reprit suffisamment tôt pour ne pas finir par terre en bon petit ivrogne qu'il était.

Dieu que cette marche pouvait être lente ! Souseiji sentait son corps s'affaiblir alors que le manque s'intensifiait clairement dans son esprit. Il luttait contre ses paupières qui s'alourdissait avec les minutes. Il allait s'endormir. Putain ! Il allait s'endormir sur le trottoir !


" Et si vous me parliez un peu de vous ? Voilà qui devrait vous tenir éveillé et alerte, le temps d'arriver chez vous. "

L'adulte fixa lascivement l'homme avant de lui tendre un sourire mauvais.

" Vas te faire foutre Gaijin ! " Eut-il pour toute réponse.

Il fallait tout de même s'y attendre. Les japonais étaient des êtres fiers et méprisant à l'égard des races inférieures. Les européens étaient pour lui des être dégénérées, retardés autant mentalement que technologiquement. Un sourire naquit involontairement sur ses lèvres. Le prêtre ne devait pas s'attendre à ce qu'il se comporte bien avec lui. Souseiji le méprisait par son origine et sa profession. Bien sûr il profitait de son aide mais la considération qu'il avait pour lui s'arrêtait là. Lorsqu'il serait remit, l'adulte se ferait une joie de le foutre à la porte sans même le remercier. Le brun jubilait presque à cette idée. A croire que l'alcool le rendait gamin.

Le silhouette des immeubles de sa résidence se découpa soudain dans l'ombre. Souseiji poussa un soupir de soulagement. Il était proche de la délivrance. Une fois chez lui, personne ne pourrait l'empêcher de se shooter pour enrayer le manque. Un peu tremblant, il appuya légèrement son poids sur l'épaule du gaijin pour le diriger vers la bonne bâtisse, qui portait ironiquement le même numéro que la drogue qu'il consommait. L'adulte fit une infantile grimace au numéro 4 de son immeuble avant d'emboîter le pas au prêtre non sans chanceler.

Troisième étage.

Souseiji fixa étrangement la porte d'entrée, comme perdu dans ses pensées. Fébrilement il en sortit la clé qui tomba au sol. Jurant entre ses dents, il se pencha pour la ramasser. Choses qu'il mit bien deux minutes à faire compte tenu de l'état très avancé de son alcoolisme. Et si encore il n'y avait eu que ça, le Capitaine avait l'impression que son cerveau se baladait littéralement dans sa boîte crânienne. Poussant une nouvelle fois quelques jurons bien sentis, il ramassa les clés et entra enfin dans l'appartement avec l'aide du gaijin.

Son appartement offrait un spectacle pour le moins inhabituel. En plus du désordre familier que répandait en général la gente masculine lorsqu'elle vivait seule ; s'amoncelait sur le sol une bonne cinquantaine de seringues dont il n'était pas difficile de deviner l'usage. Ca sans compter la poussière, les vêtements éparpillés un peu partout et les livres jetés ça et là sur les fauteuils. Il résultait de l'appartement de Souseiji une impression de chaos à en donner la nausée. Mais loin de se préoccuper de l'avis de son visiteur, le Capitaine lâcha soudainement l'épaule qui le maintenait debout pour venir s'affaler sur son confortable canapé.

Sur le dos, il fixa le plafond. Il n'avait même plus la force de se lever pour aller chercher sa drogue et le manque commençait à se faire franchement sentir. Son corps épuisé était agité par quelques tremblements et le sang qui coulait sous sa chemise ne tarda pas à souiller le canapé en cuir. Son souffle devint chaotique. A tel point que Souseiji du se résoudre à laisser filer une plainte entre ses lèvres désormais bleues. Il ferma les yeux, terrassé par une terrible nausée.


" Fais chier...." Souffla t-il avant de vaguement sombrer.
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MessagePosté le: 13/07/2009, 21:25    Sujet du message: Publicité

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Wolfram E. van Wynsbergh
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MessagePosté le: 15/07/2009, 21:28    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

 

Wolfram avait bien du mal à retenir ses sourires devant tant d'agressivité. La nature humaine était-elle vraiment à ce point suffisante ? Ou bien avait-il un sens de l'humour encore plus curieux que ce qu'il aurait pu croire ? Difficile de répondre à une telle question. Il avait trop à faire pour le moment. Mieux valait donc garder ce nouveau sujet de discussion avec lui-même pour plus tard. Si le fier japonais s'était douté de l'amusement qu'il provoquait chez le prêtre, il aurait sans aucun doute ressenti une sérieuse envie de l'étrangler. Mais Wolfram était professionnel avant tout, et gardait pour lui le fruit de son humeur. Bien sûr il souriait, mais de là à deviner qu'il n'était pas loin d'éclater de rire... Les propos insultants n'avaient de plus aucun effet sur lui, d'autant qu'il s'y était largement attendu. De par son métier, il avait une vue assez complète des tourments de l'âme humaine, et ne s'était fait aucune illusion sur le caractère de cochon du capitaine Aobatsu, que celui-ci ne cherchait d'ailleurs pas à dissimuler. Mais compter sur un autre comportement aurait été bien mal connaitre le caractère fier et arrogant des Japonais. Ils étaient d'ailleurs assez connu pour cela, ainsi que pour leur xénophobie pathologique. Quant au choc que cela aurait pu lui causer, de par son métier... Il aurait été bien plus choquer de croiser un homme respectueux de l'église. D'autant que ce n'était pas une forme de religion très répandue, dans le coin.

« Bien, toujours égal à vous-même. J'en conclue que vous n'êtes finalement pas prêt de vous évanouir. »

Au moins le capitaine parvenait-il à rester sur son canapé sans s'étaler au sol. Wolf en avait vu de belles, dans le genre. Au moins restait-il un peu de présence d'esprit dans la caboche de cet ivrogne. Heureusement d'ailleurs, que l'homme tenait en place. Le prêtre n'avait aucun mal à s'imaginer devoir le relever du sol, transformé en porc-épic par toutes les seringues qui s'amoncelaient un peu partout. Perplexe, l'homme d'église observait la moquette autour d'eux, non sans avoir quelque pensée pour une infirmerie dévastée par une ogive nucléaire. Oui, pourquoi pas ? Le petit scénario collait assez avec les lieux. Mais la nette saturation de tubes plastiques sur le sol indiquait un tout autre problème qu'une allergie évidente à l'hygiène et à la propreté. Vous en arrivez là, Souseiji devait avoir plus qu'une vague dépendance, et se piquer çà un rythme assez régulier. Amusé par ce nouveau dilemme, Wolfram dégagea quelque peu la table basse face au canapé, en prévision de l'emploi qu'il en aurait. Car incidemment, il ne pouvait le laisser ainsi. Oh bien sûr, cela n'avait rien de très professionnel. Mais qui était-il pour juger des actes des autres, et leur dicter une conduite ? Le Japonais n'en ferait de toute façon qu'à sa tête. C'est donc sans plus de cérémonie que le prêtre regarda tout autour de lui, à la recherche d'un chemin dégagé vers la partie du salon qui semblait servir de chambre à coucher. Les drogués n'avaient guère d'imagination en général, surtout lorsqu'ils ne doutaient pas ne jamais avoir d'ennuis pour ce qu'ils faisaient. Ce fut donc sans hésitation que Wolf se dirigea vers la table de chevet, et en sorti d'un tiroir une seringue toute prête à l'usage.

De retour près de son "patient", il s'assit simplement sur la table basse et prépara rapidement un garrot sur le bras du milicien. Oh bien sûr, il profitait un peu que celui-ci soit dans les choux. Wolf n'était pas assez stupide pour penser que l'autre l'aurait laissé faire de gaité de coeur. Mais traiter un homme ivre était suffisamment ardu, alors s'il était en manque, par-dessus le marché... Wolfram n'avait tout bonnement pas envie de se compliquer la vie. Lorsque la veine fut suffisamment apparente, il la piqua et lui injecta le produit. L'avantage des injections en IV, c'était leur rapidité d'agissement. Encore que, vu l'aimable sourire que lui adressait Souseiji Kyouaku, Wolfram aurait largement pu se laisser aller à penser que le garder dans le coltard était largement préférable pour sa propre santé.

« Pendant que vous reprenez vos esprits, je vais chercher de quoi vous soigner. Il va falloir me supporter encore quelques minutes, j'en ai bien peur. »

Joignant le geste à la parole, il se rendit à la salle de bain, où il ouvrit un placard avec un léger frisson d'anticipation. Il ne lui restait qu'à espérer trouver ce qu'il cherchait dans les prochaines vingt-quatre heures ! Le capitaine de la Faction Bleue avait peut-être de nombreuses lubies, mais de toute évidence, le rangement n'en faisait guère partie.
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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 24/07/2009, 02:09    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

L'adulte fixait vaguement le plafond l'air hébété. Les vapeurs de l'alcool remontaient dans sa gorge en un liquide acide qui, littéralement, le brûla. Toussotant il se roula en boule sur le côté, cherchant dans ce semblant de position foetal un peu de réconfort. Bien entendu il ne se passa rien et tremblant, Souseiji dû se résoudre à affronter la descente qui s'avérait bien difficile. Ses membres se mirent à trembler alors que replié sur lui-même, il se mit à marmonner des paroles incompréhensibles pour le genre humain. Ses yeux injectés de sang s'ouvrirent soudain, comme un enfant surprit en pleine bêtise. Inquiet il chercha le prêtre du regard mais ne l'aperçu pas dans cette minuscule pièce qui lui servait de chambre. Fébrilement le brun tenta de se lever mais il ne réussit qu'à pousser un glapissement d'animal écorché. Terrassé par la douleur, il cessa de bouger.

La panique le gagnait. Et il ne pouvait lui résister.

Souseiji le sentait dans son souffle, dans son corps tout entier. Ce venin déchirant qui se répandait en lui. Il avait voulu échapper à cette voix et à présent elle le tenait entre ses griffes. Une indicible peur le saisit soudain, celle de sombrer à jamais dans les ténèbres de son esprit. Pourtant il n'était pas un enfant. De l'eau avait passé sous les ponts depuis cette période, mais sur l'instant il se sentait nu comme au premier jour, aussi fragile que le nouveau-né qu'il fut quelques secondes. Cette sensation de faiblesse extrême lui arracha un grognement. Il ne devait pas, non il ne pouvait pas se montrer ainsi !


* Tu es un idiot Souseiji. *

L'homme ouvrit soudainement les yeux, secoué par un hoquet de surprise. Son regard ahurit se posa sur Wolfram qui venait de planter une seringue dans son bras. Le Capitaine mit un certain à comprendre ce qu'il faisait, mais au lieu de l'envoyer chier comme il l'aurait fait d'ordinaire, il se contenta de fixer sur lui un regard vide. La langue pâteuse le brun chercha à articuler quelques mots, en vain. Il regarda l'homme se lever pour disparaître dans la salle de bain. Souseiji lâcha un soupir puis ferma les yeux, comprimant autant qu'il le pouvait ce malaise qui bientôt le submergerait.

Le temps s'égraina, lent et douloureux.

La drogue ne lui faisait aucun effet, du moins elle ne sembla pas atténuer le moins du monde ses douleurs psychiques. De plus en plus agité, il se recroquevilla entre les coussins. Comme un gamin, il cherchait à fuir ce cauchemar qui l'assaillait. Un monstre terré dans son placard depuis deux décennies. Et le voilà qu'il forçait sa porte et pénétrait en lui, glissant dans sa chair comme un venin noir. Tremblant, Souseiji glapit plus qu'il ne gémit. Sa tête le lançait comme jamais auparavant. Agrippant ses mèches sombres, il les tira violemment dans l'espoir d'en extirper la douleur, mais rien. Inquiet, il fixa son sang se répandre sur le canapé, rien de bien méchant, mais suffisamment pour l'affaiblir davantage.


* Laisses-moi t'aider Souseiji. Si tu le souhaite je peux atténuer cette douleur, je peux annihiler ces impitoyables sentiments. Laisses-moi t'aider. *

" La-ferme ! "
Murmura t-il.

* Tu as aimé gémir sous les coups de reins de cet imbécile n'est-ce pas ? Regardes-toi, tu es pitoyable. Mais puisque tu refuse si ardemment mon aide, et bien débrouille toi. Ne viens pas te plaindre après. *

Cette voix. Il ne pouvait plus la supporter. L'entendre lui donnait la nausée, sentir cette présence en lui pointait ouvertement la dualité de son esprit. Une tristesse absolue glissa dans son regard noir. Il regrettait pour la première fois depuis bien longtemps les doux moments d'innocence qu'il avait partagé avec son frère. Il ne restait pas grand chose devant lui, juste un chemin qui glissait vers les ténèbres. Au rythme ou il ménageait son corps, il était certain que l'adulte ne tiendrait pas plus de dix ans. Il retournerait aux ténèbres comme il était venu, ne laissant sur cette terre qu'une goutte de sang séché sur le sol. Un bien maigre sourire ourla ses lèvres trop pâles. C'était le chemin qu'il avait choisi. Il ne le regrettait pas, mais savait aussi que parmi tous les avenirs possibles, son choix s'était porté sur le plus terrible d'entre tous.

Gémissant l'adulte se redressa enfin. Son regard se perdit dans le lointain. La pluie tombait, lente et monotone, contre la vitre de son appartement. Par la fenêtre entrouverte l'odeur de l'eau commença à imprégner le lieu. Souseiji ferma les yeux, se laissant envahir par une triste nostalgie. Les images de son enfance lui revinrent en tête, puis ce jour qui avait fatalement changé son destin. Inconsciemment il caressa le pendentif qu'il portait autour du cou. Son frère bien des années avant l'arborait fièrement. Maintenant il était un trophée sur la poitrine de l'adulte.

Un nouvel élancement le força à se rallonger. Puis une douleur fulgurante lui transperça le crâne, Souseiji sombra, lentement, douloureusement. Son souffle court et difficile laissait supposer qu'il menait une lutte acharnée avec sa raison. Le brun ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Son regard se figea soudain sur le fauteuil en face de lui. Assit, les jambes croisées, Tsukushi se tenait là, un rictus étirant ses jolies lèvres. Souseiji cru tout d'abord à une hallucination dû à la drogue et à l'alcool réunis. Mais ses convictions s'effondrèrent lorsqu'il ouvrit la bouche pour lui parler.


* C'est à présent moi le chat....Sou.*

Le brun secoua la tête mais la vision resta là. S'emparant d'un bouquin sur la table il le jeta de toute ses forces sur le garçonnet, et seulement à cet instant, il disparu. Gémissant Souseiji se roula en boule sur le canapé.

Il était las de cette journée. Et ce gaijin qui en mettait du temps à trouver de quoi le soigner !
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Wolfram E. van Wynsbergh
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MessagePosté le: 25/07/2009, 22:57    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant


Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, fouiller l'armoire d'un parfait inconnu n'était pas forcément chose aisée. Le capitaine Aobatsu n'était pas réellement ce que l'on aurait pu appeler une fée du logis. Il y avait fort à parier que son appartement ne lui servait qu'à dormir, se droguer, et peut-être manger de temps en temps. La toilette faisait malgré tout partie du quotidien, comme pouvaient témoigner quelques serviettes mises à séchées dans un style plutôt discutable. Peut-être que le genre "serviette roulée en boule et jetée dans un coin" séchait mieux qu'une autre, après tout. Mais Le père Ezechiel n'était guère en ces lieux pour juger. Et puis, qui n'avait jamais eu envie de bazarder quelque chose de temps en temps ? Le fétu de paille, la poutre... Tant de petites images qui n'auraient sans doute rien évoqué à un asiatique. L'homme d'église cligna des paupières, et se concentra à nouveau sur ses recherches. Ou le capitaine n'était pas un grand adepte des soins à domicile, ou alors il n'était jamais blessé. Difficile de savoir laquelle de ces hypothèses était la plus inquiétante. Mh... Peut-être fallait-il prendre le problème à l'envers ? Où donc un militaire, peu soucieux de sa personne et plus intéressé par son boulot, pouvait-il donc ranger son nécessaire de soin, obligatoire pour tout homme d'action qui se respectait ? Un endroit rapide d'accès, sans aucun doute. Le prêtre leva le bras pour atteindre le dessus d'une armoire, et tâtonna quelques secondes avant de sentir enfin sous ses doigts le tissu rêche d'une trousse de secours. *Le bon côté des choses étant que j'aurai eu un responsable immédiatement, si j'avais voulu appeler la police pour lancer des recherches* songea-t-il avec amusement.

Quelques bandages, un désinfectant, même des aiguilles et du fil. La trousse avait l'air d'avoir bien peu servi, en comparaison de toutes les missions que devait probablement mener le capitaine Souseiji Kyouaku. Ce dernier ne faisait vraisemblablement pas partie de la catégorie de la population qui se précipitait aux urgences à la moindre écharde dans le doigt. Sans doute était-il plutôt du genre à poser un morceau de scotch sur un bras amputé, avec nonchalance et désintérêt, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Un personnage au mental fort, qui n'avait besoin de personne, et n'accordait sans doute que peu d'importance à sa vie propre. Et encore moins à sa vie privée, étant donné l'état des lieux. Wolfram savait ainsi à peu près à quoi s'attendre de la part de l'homme. Un indépendant, aussi fort en gueule qu'en frappe, Aobatsu convaincu qui plus est. Ouh, un "invité" ne devait sans doute pas plaire en ces lieux. Un petit sourire au coin des lèvres, Wolf ramassa rapidement ce qui lui fallait et rejoignit Souseiji au salon. Autant profiter qu'il était encore dans les choux pour le soigner. S'il tardait trop, il risquait encore de se faire arracher la langue avant d'avoir terminé.

« Vous pouvez retirer votre chemise ? Il est inutile de désinfecter vos plaies si vous la gardez sur vous... »

Un détail pourtant titillait la curiosité de Wolfram. Il avait déjà cru le remarquer auparavant, sans en être tout à fait certain. Apparemment, l'homme avait tendance à parler seul ? A moins qu'il ne s'agisse d'un tic nerveux, que seul un "la ferme" bien senti parvenait à satisfaire. Gardant ses plaisanteries mentales pour plus tard, il prépara des gazes imbibées de solution antiseptique en attendant que le capitaine daignât retirer le vêtement sale et poussiéreux. Ces chuchotements n'en étaient pas moins intrigants. Un souvenir douloureux, un regret lancinant ? Bon, cela ne le regardait pas, après tout. Sauf si, comme il avait sans doute raison de le penser, ce qui se passait dans la tête de Sou avait tendance à rendre ce dernier plus nerveux encore. Sans doute une obsession qui le taraudait. ... Quelle curieuse manie que de tout observer ainsi, en s'amusant à inventer des petites histoires pour chaque détail. Sans être spécialement curieux, Wolfram aimait passer le temps à réfléchir sur la nature des choses, des êtres, à leur inventé une vie. A ceux qui lui demandaient pourquoi, il aimait bien répondre que, seul dans une église, il n'y avait pas tellement d'activité aux alentours. Oh, l'on pouvait toujours s'adresser à Dieu. Mais l'on pouvait attendre trèèèès longtemps pour la réponse. Mais ce détail, il se contentait de le penser, simplement. Les gens n'avaient pas envie d'entendre que Dieu avait sans doute lui aussi ses propres problèmes, et pas la moindre envie de s'intéresser aux leurs. *Ainsi va la vie...*

« Alors, que faisiez-vous donc dans ce parc ? Ne me dites pas que ce n'était qu'une couverture et que je vous ai grillé ! »

Un humour qui ne serait sans doute pas du goût de son hôte. Mais au moins, tant que celui-ci s'énervait et se focalisait sur lui, il restait éveillé. Même s'il n'y avait que peu de chance qu'il puisse encore s'évanouir, après avoir si brillamment tenu.
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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 27/07/2009, 01:08    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

" Vous pouvez retirer votre chemise ? Il est inutile de désinfecter vos plaies si vous la gardez sur vous..."

Gémissant Souseiji avait ouvert des yeux hagards sur le prêtre. Il le considéra un instant, essayant tant bien que mal de faire assimiler à son cerveau épuisé les paroles du blond. Un long silence suivit cet instant, silence où l'adulte fixa le plafond d'un air morose. Il n'allait pas bien, mais alors pas du tout, et sa faiblesse intérieure finissait de décomposer le masque de neutralité qu'il essayait d'arborer depuis sa rencontre avec la "providence". La migraine qui s'était calmée depuis quelques minutes avait reprit, plus douloureuse encore. Courbant l'échine, la creusant jusqu'à former un arc étrange avec son dos, l'adulte serra les dents pour ne pas laisser sortir le hurlement qu'il avait au bord des lèvres. Retombant fébrilement sur le canapé, il ouvrit enfin la bouche, à bout de souffle. Sur son front perla même quelques gouttes de sueur qui roulèrent ensuite jusque sur le cuir de canapé.

Et puis son regard glissa sur le prêtre. Ah oui ! Sa chemise. Non sans grimacer et râler de plus bel, Souseiji ôta les vêtements crasseux pour les balancer sur le sol un peu plus loin. Il se laissa ensuite choir à nouveau sur ce qui lui servait ordinairement de lit. Et maintenant ! Il attendait quoi ce con pour le soigner. Ses iris fiévreuses et sombres se figèrent droit dans celles du prêtre. Le Capitaine songea à ce qu'il pouvait bien penser. Si il se moquait intérieurement de lui. Auquel cas, et si il n'avait pas été si faible, il se serait fait une joie d'exploser sa petite gueule d'ange.


* Comme tu l'as fait avec moi Sou, comme tu l'as fait avec ce gosse ? *

Les pupilles de l'adulte se dilatèrent, sous la surprise et il cessa de bouger complètement. Son coeur soudain accéléra sa course. Ses côtes étaient en feu et la douleur insupportable. Comment était-ce possible ? Etait-il en train de devenir fou ? Est-ce que son frère était revenu d'entre les morts pour le hanter jusqu'à la fin de ses jours ? Un délire de drogué ? Une schizophrénie naissante ? Souseiji ne savait plus, il ne voulait pas deviner le sens de toute cette merde. Il était fatigué, il voulait seulement se reposer. Voilà des semaines qu'il ne pouvait plus dormir, des semaines que la drogue n'atténuait plus cette voix. Au contraire elle l'accentuait. Le Capitaine Aobatsu avait posé la main sur un miroir dont lentement il franchissait le seuil. Il ne tarderait pas à être dévoré par les ténèbres qu'il renfermait. Battant des cils pour revenir quelque peu à la réalité, on pouvait nettement distinguer les imposantes cernes qui bordaient ses yeux noirs.

"Alors, que faisiez-vous donc dans ce parc ? Ne me dites pas que ce n'était qu'une couverture et que je vous ai grillé ! "

Le brun ne répondit rien, offrant une moue d'enfant agacé au prêtre. De toute manière il ne lui répondrait pas. Et puis son humour vaseux et déplacé ne l'engageait pas à ouvrir la bouche pour répliquer. Il poussa même une plainte épuisée, glissant une main dans sa chevelure d'ébène pour en chasser la sueur. Son corps était crasseux et suintait l'alcool. L'adulte renifla de manière peu élégante, incommodé par l'odeur de sang et de whisky qu'il dégageait. Son regard adoucit par l'harassement, il observa plus minutieusement le prêtre. Son visage était fin, sans aucun défaut, et la cascade de cheveux blond qui ornait les côtés de son visage appuyaient négligemment ses origines exotiques. Souseiji ressentit même une pointe d'attirance pour cet être qui avait de toute évidence, été généreusement gâté par dieu.

Surprit par sa propre réflexion, et surtout furieux de penser une telle chose il détourna le regard. Qu'est ce qui lui arrivait bon sang !? Il ne pouvait pas...non, il n'était pas comme eux, il n'était pas comme eux.

Une main glissa dans ses cheveux.

Souseiji releva les yeux sur l'expression mesquine de son frère jumeau. Un rictus ourlait ses lèvres pales, relevant à merveille ses joues creusées par les années, ornées d'une barbe de trois jours. Ses yeux sombres le fixaient d'un air malicieux alors que sa chevelure, noire comme l'aile du corbeau, pendait négligemment sur le côté gauche de son visage. La panique s'empara de l'adulte qui ne savait plus faire la différence entre la fiction et la réalité. La vision était bien là pourtant, juste là, devant lui. Si bien qu'il n'avait qu'à tendre la main pour le toucher, pour attraper son manteau de cuir noir élimé. Et c'est ce qu'il fit. Pour s'assurer que tout ceci n'était qu'un cauchemar éveillé. Mais il ne rencontra pas le vide comme il l'avait supposé. Non. Ses doigts blancs écartèrent le tissu abîmé. Stupéfait, Souseiji le fixa se ballotter dans le vide.

Le brun leva à nouveau les yeux sur lui, croisant le regard de son défunt frère. Et il ne pu que détourner timidement les yeux, comme un enfant prit en faute.


* Sou... *Soupira t-il.

* Je ne te faisais pas si peur autrefois. Qu'est ce qui t'arrive ? Tes blessures te font tant souffrir que ça ? *

L'adulte poussa un gémissement épouvanté lorsque Tsukushi passa ses doigts glacés sur les blessures rougeoyantes. Le désespoir envahit soudain ses yeux. Les larmes s'y précipitèrent, froides et limpides pour ensuite glisser le long de ses joues blafardes. Il n'était plus l'adulte fier et arrogant, pas plus que le militaire au service d'Aobatsu. Non. Il était cet enfant d'autrefois. Ce petit garçon tombé de l'arbre en jouant à chat, et pleurnichant en fixant son genoux blessé. Il était cet enfant heureux de se blottir contre son frère, heureux de vivre, heureux de jouer, heureux d'exister aux yeux d'un autre. Souseiji avait toujours été lâche bien qu'il prétendait le contraire. Il ne savait que fuir ses vieux démons, et voilà tout.

Des lèvres se posèrent sur les siennes. Froides et glacées, distillant dans tout son corps une atroce sensation de désir.


" Laisse-moi tranquille Tsukushi...." Implora t-il faiblement.

Les doigts noueux de son frangin, vinrent s'enrouler autour de sa gorge laiteuse, la comprimant jusqu'à retenir son souffle. Souseiji suffoqua, lançant un regard terrifié à l'adulte devant lui, à cet homme plus puissant que lui, au charisme envoûtant, et à la voix suave.


* Te laisser tranquille ? Comme tu l'as fais pour papa et pour moi ? Comme pour ce pauvre gosse ? Arrête de faire l'enfant Souseiji, tu ne pourras pas toujours fuir. Tu ne pourras pas te dissimuler derrière ce mur éternellement. Je l'exploserai. Tu entends ! Je vais te détruire Souseiji ! Je vais faire en sorte que tu souffre mille morts ! Et peut-être que lorsque tu seras devenu fou, lorsque tu te seras entièrement soumit à ma volonté, alors peut-être que là, je consentirai à te libérer. *

Ses mots glacés coulaient dans son esprit comme un venin insaisissable. Souseiji était terrifié. Son souffle lentement se tarissait et il ne pouvait délasser les doigts massés autour de sa gorge, malgré ses nombreuses tentatives d'y planter ses ongles. Les larmes roulaient sur ses joues, toujours plus nombreuses. Son esprit déchiré ne faisait plus la différence entre hier et aujourd'hui, entre l'adulte et l'enfant. Le brun était noyé sous un flot de sentiments confus, ensevelissant à jamais le peu de raison qui lui restait. Et puis soudain la pression disparue et l'air s'engouffra douloureusement dans ses poumons. Se roulant en boule sur le côté, il hoqueta puis toussa autant qu'il pu. Jusqu'à ce que le goût âcre de la bile emplisse sa bouche, pour ensuite tomber sur la moquette. La tête penchée en avant, l'adulte fixa le sol un bon moment, complètement hagard. Il n'y avait que son souffle rauque pour briser le silence de la pièce.

Lentement il releva la tête pour fixer le prêtre. Dans son regard dansait la tristesse, la peur et l'incompréhension. Il n'aurait su expliquer ce qui venait de se passer. Un douloureux frisson lui parcouru l'échine, l'adulte tremblait de tous ses membres. L'insupportable Souseiji avait, pour quelques heures disparu. Les barrières s'étaient affaissées, brisant son esprit déjà fragile.
Conscient qu'il devait offrir un spectacle particulièrement pitoyable, le brun ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se ravisa. A quoi bon expliquer l'inexplicable. Il ne voulait pas passer pour plus fou qu'il n'était.

C'est alors que la vision de son frère percé d'un trait rouge lui revint, dansant devant ses iris noires comme un tableau vivant. Les larmes noyèrent son regard d'enfant et sa tête retomba mollement sur le canapé. La lèvre tremblante Souseiji articula faiblement :


" Pardon....Pardon..."
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Wolfram E. van Wynsbergh
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MessagePosté le: 04/08/2009, 18:04    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant


En fin de compte, la situation était un poil plus délicate à traiter que prévu. Mais cela ne dérangeait pas Wolfram, habitué aux imprévus. Sans avoir tout vu dans sa vie, il avait très tôt compris que tout existait en ce bas monde. La folie, la haine, l'amour, la passion, le rêve... Rien n'était impossible à cette créature dangereuse mais pourtant si innocente qu'était l'Homme. Même les plus cruels représentants de l'espèce restaient des créatures ignorantes, convaincues malgré tout de leur savoir et de leur pouvoir. Veines espérances, qui feraient toujours paraître à l'homme d'église un comportement enfantin derrière ces traits si durs de l'âme humaine. Mais il devait bien avouer que le cas de Souseiji atteignait un rare sommet dans le genre. Car Wolf avait beau retourner son nom dans tous les sens, il n'y avait rien qui pouvait être confondu avec Tsukushi. Le cocktail drogue-alcool, associé au manque ressenti plus tôt dans la soirée, avait visiblement plongé le militaire dans un délire profond. Schizophrénie passagère ou réelle détérioration mentale ? A moins que d'anciens remords n'aient fini par prendre vie en lui, et à le harceler dans ses moments de faiblesse. C'était du moins ce que laissait imaginer ce nom murmuré si craintivement. Sans aucun doute, le Capitaine Aobatsu tentait d'échapper à quelque chimère qui le hantait. Il avait déjà observé des comportements similaires dans son propre pays, mais jamais poussés à ce point. L'homme devait sans aucun doute souffrir, consciemment ou non, d'un acte ou d'un événement lointain de son passé. Un acte suffisamment traumatisant pour le hanter aujourd'hui encore, dans des circonstances où il n'était pourtant pas aisé d'imaginer des fantômes. Fantômes qu'il n'arrivait visiblement pas à repousser, puisqu'il s'agitait encore.

Avec douceur, le prêtre posa sa main sur le front de l'homme tétanisé de peur, tout en cherchant à capter son regard. Les excuses murmurées inlassablement semblaient elles-aussi donner raison aux suppositions de Wolf. Mais il fallait maintenant aider Souseiji à chasser ces images, au moins temporairement. L'avantage de la situation, au moins, était qu'il ne risquait plus de se faire arracher un bras avec les dents pour avoir osé poser la main sur le fauve pour l'instant endormi.


« Il est parti, Souseiji. Nous sommes seuls, vous et moi. », murmura-t-il avec douceur.

Difficile de savoir s'il était entendu ou non. Un silence total n'aurait néanmoins pas été très judicieux, dans la mesure où il devenait urgent de ramener le militaire sur terre, et surtout, de le rassurer. La crise d'angoisse semblait passée, mais pouvait revenir à tout moment. Mieux valait donc le soigner au plus vite, tant que le calme régnait, et tant qu'il était aussi "gérable".

« Sou, je vais vous aider à vous nettoyer un peu. Vous ne pouvez pas rester comme cela, et je ne peux vous soigner dans cet état. »


Retirant son lourd manteau, Wolfram se pencha vers Souseiji et passa ses bras sous son corps malingre. Largement plus grand que le militaire, Wolf n'eut aucun mal à le soulever de son canapé. D'ailleurs, Sou était étonnamment mince pour quelqu'un de cette fonction. Enfin, les Japonais n'étaient de toute façon guère connu pour leur carrure. A moins de s'intéresser aux sumotori, mais là c'était déjà autre chose. Son précieux fardeau serré contre son torse, le prêtre repris le chemin de la salle de bain, non sans faire très attention au passage à ne pas trébucher sur l'un des "trésors" qui jonchaient allègrement le sol. S'il avait le temps, il en profiterait pour faire un brin de ménage avant de partir... A avoir tant de saloperies par terre, le capitaine Aobatsu en finirait par se casser une jambe et à se planter quelque chose quelque part. Ce qui serait assez ironique, vu qu'il survivait inlassablement à une guerre aussi meurtrière qu'inutile.

Poussant la porte du bout du pied, l'homme d'église déposa Sou aussi délicatement que possible près d'un placard, afin de pouvoir le laisser s'y appuyer. Dénuée de douche, la pièce se contentait d'une simple baignoire. Ce qui arrangeait largement Wolf. Il aurait été bien embêté si la situation avait été inversée. Néanmoins, cela le surprenait. Le capitaine n'avait pourtant pas l'air du genre à se prélasser dans un bain ; Wolfram l'aurait plutôt imaginé prenant des douches rapides pour se libérer au plus vite. Le rituel du bain n'en était pas moins sacré, peut-être, et même un capitaine d'armée devait éprouver le besoin de décompresser de temps en temps. Aussi, dans le doute, Wolf s'attacha a respecter le protocole en la matière. Hors de question de plonger ce corps sale dans l'eau pour le laisser y croupir. Il devait le nettoyer avant toute chose. Bon, tout ne serait pas fait dans les règles de l'art, mais au moins le bain serait ainsi beaucoup plus hygiénique et bénéfique pour les blessures nombreuses qui parsemaient la peau blanche de l'homme.

Sans s'attarder davantage, Wolf ouvrit le robinet pour mesurer la température adéquate. Il la laissa couler (après tout, la facture ne serait pas pour lui), prenant soin de laisser la sortie d'eau ouverte pour que celle-ci puisse librement s'écouler. Les produits nettoyants étant déjà sagement alignés sur le rebord de la baignoire, il n'avait plus qu'à dévêtir le soldat. S'agenouillant devant celui-ci, il lui retira chaussures et chaussettes, avant de s'attaquer aux choses sérieuses. Mieux valait ne pas trainer et ne pas laisser son pauvre patient réfléchir à ce qui lui arrivait. Wolf déboucla la ceinture, défit les boutons, et retira pantalon et sous-vêtement en un seul mouvement. Détournant le regard pour respecter la pudeur du militaire, le prêtre le souleva à nouveau et le déposa au fond de la baignoire, gardant un bras dans son dos pour le soutenir bien qu'il fut à moitié adossé. Un corps mouillé avait vite fait de glisser, surtout lorsqu'il manquait de forces comme Sou en cet instant.


« Je vais faire vite, ne vous inquiétez pas. Mais il va falloir rester calme, afin que nous terminions rapidement et que vous puissiez retourner vous allonger. Si l'eau est trop chaude, dites-le moi... »

Le prêtre n'avait pas peur de se mouiller, et ce dans tous les sens du terme. Muni d'un gant de toilette, il passa celui-ci sous le jet d'eau, puis commencer à s'en servir pour mouiller le corps de Souseiji. Maculé de sueur et de blessures, il était bien plus maigre qu'il n'y paraissait de prime abord. Aucune once de graisse, simplement un paquet de muscles fins mais surtout de nerfs tendus à l'extrême. C'était à se demander comme une telle boule d'énergie parvenait à rester immobile plus de deux minutes.
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MessagePosté le: 07/08/2009, 15:56    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

Une main sur son front brûlant ...

"Il est parti, Souseiji. Nous sommes seuls, vous et moi."

Souseiji déglutit douloureusement et releva un regard anéanti par la tristesse et la fatigue sur le prêtre. Il ne pouvait plus s'empêcher de verser ces larmes qui coulaient sur son visage en une rivière silencieuse. Les barrières lui semblaient brisées, désagrégées avec ce souvenir qui le hantait désormais. Il ne l'avait pourtant jamais admit, mais il regrettait. Il regrettait d'avoir tué son frère et son père avec autant de sang froid. A l'époque il était jeune, enfin surtout con. Il n'avait eu que sa haine et sa rancoeur pour l'aveugler et le guider toutes ces années. Le voile s'était évanouit depuis quelques semaines, lui ouvrant les yeux sur la réalité de ses actes. Sur l'abomination qu'il était devenu. L'adulte doutait à présent. Il doutait de lui-même, de cette vie, de ce dégoût absurde pour l'homosexualité. Il avait plus d'une fois transgressé cet interdit. Avec Hazuki, mais pas seulement. Ses iris sombre s'attardaient parfois sur les courbes généreuses d'un éphèbe. Et le brun ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'attirance et de désir pour ce fruit du paradis. Depuis toujours il avait su qu'il était comme eux, mais il s'était évertué à le démentir. Aujourd'hui le passé le rattrapait inexorablement, l'étouffait dans ses bras bien sombres. Aujourd'hui il était las et se révélait tel qu'il avait toujours été. Sans doute disparaîtrait-il encore une fois derrière ce masque, mais à présent fragilisé, il ne lui faudrait pas grand chose pour se briser.

" Sou, je vais vous aider à vous nettoyer un peu. Vous ne pouvez pas rester comme cela, et je ne peux vous soigner dans cet état. "

L'adulte essaya de se redresser, mais exténué comme il l'était, le capitaine ne pu que retomber mollement sur le canapé. Il grogna de mécontentement. Et les larmes roulèrent à nouveau sur ses joues pales. Il se sentait comme un enfant qui ne pouvait réparer sa bêtise. Le souvenir de ce jour se répercutait infiniment sur les parois de son crâne. Souseiji tremblait, terrassé par l'alcool, la drogue et la fatigue conjugués. Il ouvrit la bouche pour répondre au prêtre que ce n'était pas la peine, qu'il pourrait se débrouiller seul. Mais sa voix mourut dans sa gorge laiteuse. Et bientôt des bras se saisirent de son corps famélique. L'adulte fut surprit de se sentir si misérablement petit contre le torse de cet homme. Il ferma les yeux, trop épuisé pour lutter et se blottit contre le gaijin. Son visage reposait contre le vêtement alors qu'il plongeait loin dans ses souvenirs. Ces bras, cette odeur douce et sucrée ... il avait déjà sentit cette même chaleur, autrefois dans les bras de son père, mais surtout dans ceux de son frère. Une larme roula à nouveau de sa joue. Cette chaleur lui avait tant manqué et il la retrouvait dans les bras d'un parfait inconnu. Souseiji avait l'impression que son coeur se fendrait bientôt en deux pour se répandre dans sa poitrine. Il se sentait perdu, seul et abandonné. Le masque s'effondrait et il ne trouvait pas la force de le reconstruire. A quoi bon lutter maintenant que la vérité était faite sur lui-même. Il avait exterminé de sang froid les seules personnes qui lui avaient été chères.

Son dos rencontra quelque chose de dur. L'adulte ouvrit péniblement les yeux, et cligna plusieurs fois pour faire le point sur l'endroit où il se trouvait. Ah oui, la salle de bain. Il fixait lascivement le mur d'en face les larmes traçant de longs sillons sur son visage blafard. Souseiji avait davantage l'air absent que conscient. Pourtant il savait parfaitement ce que le gaijin s'apprêtait à faire. Alors il écouta l'eau couler dans un bruit sourd. L'adulte se laissa porter par cette musique enivrante qui le plongeait des années en arrière. Vers ces moments où tout n'était qu'innocence. Il regrettait amèrement ses choix. Son coeur refroidit par des années de service se ramollissait soudain, laissant pénétrer en lui des émotions depuis longtemps oubliées. Le capitaine ne voulait même plus se justifier en mettant la responsabilité de ce sentiment sur l'alcool. Pourquoi feindre l'évidence après tout. Il savait qu'a compter de ce jour il ne serait plus le même. Que sa mésaventure avec Hazuki n'avait été que l'allumette dans un champ de poudre.

Sa tête retomba mollement sur son torse. L'adulte se sentait partir, mais il n'avait pas peur. Il ne luttait plus contre ces bras qui le tiraient inexorablement vers les ténèbres. Mais un frisson le ramena vers la lumière. Lorsqu'il ouvrit les yeux, Souseiji vit le prêtre s'affairer à le déshabiller. En temps normal il aurait grogné, mais là il n'avait proprement aucune réaction se contentant de le fixer d'un air morose. La chemise, la ceinture, le pantalon, bientôt il fut nu, et là encore cette situation ne lui arracha aucune réaction. Wolf le souleva pour le mettre dans l'eau, retenant son corps d'un main habilement glissée dans son dos. L'adulte fixait le mur droit devant lui, son expression dépitée et les sillons d'argent sur ses joues offraient un spectacle accablant de tristesse. L'idée de se laisser couler au fond de la baignoire l'effleura, mais il n'eut guère la force de la mettre à exécution. Et puis le gaijin l'en aurait empêché de toute façon. Le brun soupira, puis grimaça lorsque l'homme glissa le gant sur son corps meurtrit. Hazuki n'y était pas allé de main morte avec lui. Les nombreuses contusions qu'il avait éparpillé sur sa peau blanche témoignaient de la violence avec laquelle c'était passé la mission.

"Je vais faire vite, ne vous inquiétez pas. Mais il va falloir rester calme, afin que nous terminions rapidement et que vous puissiez retourner vous allonger. Si l'eau est trop chaude, dites-le moi..."

Pour la première fois depuis de longues minutes une lueur de vie glissa dans les prunelles sombres. Souseiji tourna légèrement la tête pour regarder son interlocuteur et lui tendit un pale sourire.


" Si elle pouvait me brûler ce serait parfait. " Lâcha t-il d'une voix pâteuse dans laquelle perçait une pointe d'ironie.

L'adulte massa sa gorge douloureuse. Faiblement, hésitant, il étendit la main vers celle du prêtre. Ses doigts humides rencontrèrent sa peau et Sou en frissonna entre plaisir et dégoût. Calmement il voulu attraper le gant pour faire le travail lui-même et épargner au prêtre cette tâche rabaissante. Pas que soudain il était prit de pitié pour lui, mais l'adulte ne voulait surtout pas avoir de " réactions " qui ne serait pas appropriées dans ces circonstances. Les joues de l'adulte prirent une teinte légèrement rosée à cette idée particulièrement humiliante pour le militaire qu'il était. Bien que résigné devant le fait accomplit son esprit de Aobatsu luttait fermement avec la notion même d'homosexualité. Il se doutait bien que demain serait un jour comme un autre, jusqu'à ce que survienne la prochaine crise. Oui. Il serait tranquille, jusqu'à ce qu'on vienne de nouveau le hanter. Souseiji s'employa donc à se nettoyer, enfin tout du moins essayer. Ses mains tremblaient comme jamais il n'aurait cru ça possible, si bien que le gant lui échappa un nombre incalculable de fois pour venir s'écraser dans l'eau. Le capitaine râlait faiblement puis reprenait sa lente et douloureuse besogne. Chaque passage du gant sur ses blessures lui arrachait une grimace. Il fallait bien avouer que le brun n'était pas quelqu'un de particulièrement délicat, surtout lorsqu'il s'agissait de sa propre personne.

Cependant au bout de quelques minutes, la chaleur de l'eau eu raison de lui et le gant retomba mollement au fond de l'eau alors qu'il renversait la tête pour fixer le plafond. Il ne se rendit pas tout de suite compte que le bras du prêtre était toujours dans son dos, distillant le long de son échine une impression étrange et protectrice. La sensation de ne plus être seul. L'adulte devait bien l'admettre il était rarement accompagné, que ce soit d'un homme une d'une femme. Sou rejetait obstinément toute forme d'attaches. Quelque par il avait peur de ce qui pourrait s'éveiller en lui. Cette nature qu'il avait refoulé voilà des années. Tournant la tête il fixa le prêtre d'un air morose. Puis le brun vint reposer sa joue contre le bras du gaijin. Ses doigts légèrement tremblants effleurèrent, puis jouèrent avec les mèches d'or du prêtre.


" Vous auriez dû me laisser crever dans ce parc ... J'avais le droit de plonger en enfer, à considérer que cette ville ne le soit pas déjà. "

Souseiji rit amèrement. La tristesse se lisait sur son visage d'albâtre. Finalement peut-être aurait-il dû mourir cette nuit là, peut-être qu'il aurait dû prendre la place de son frère. Une balle, une seule, et tout aurait été terminé pour lui. Il n'aurait pas engendré tant d'horreur, tant de tristesse. Et tout ça pour quoi ? Pour refuser d'admettre l'évidence. Hazuki lui avait ouvert les yeux bien malgré lui et le souvenir de cet instant, du plaisir qu'il avait ressentit lui arracha un frisson à mi-chemin du dégoût.

" Hypocrite ..." Se murmura t-il à lui-même.
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Wolfram E. van Wynsbergh
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MessagePosté le: 14/08/2009, 16:32    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant


La crise semblait définitivement passée. Pour le moment, du moins. Au moins les yeux de Souseiji avaient-ils perdu cet éclat de folie qui y dansait encore quelques minutes plus tôt. Schizophrénie ou quoi que ce fut d'autre, rien ne semblait plus altérer les prunelles fiévreuses de l'homme fatigué que Wolfram soutenait de son mieux contre lui. La fragilité qui se dévoilait soudainement chez cet être de glace avait toutefois de quoi étonner même le plus blasé des psychologues. Fragile, délicat. Vulnérable. S'il se contenta d'un sourire mental à ces pensées, le prêtre ne pouvait que songer qu'il n'aurait pas pensé pouvoir attribuer si facilement de tels adjectifs à Souseiji Kyouaku. Mais ce dernier n'en était pas moins un militaire féroce et endurci, et c'était probablement ce qui rendait le contraste si fascinant à observer. Mais l'heure n'était pas à la contemplation, et le prêtre aida de son mieux le capitaine à se nettoyer.

Bien que brièvement affaibli d'un point de vue psychologique, ce dernier n'avait rien perdu de sa volonté et de son entêtement. Malgré son état limite comateux, il tenait à se laver lui-même, non sans rosir légèrement au passage. Il n'oubliait pas d'être pudique en présence d'un autre homme, c'était plutôt bon signe. Au moins Wolf pouvait savoir que malgré les apparences, Sou était loin d'avoir touché le fond. Nul doute que le fauve assagi en cet instant se réveillerait bientôt, et ferait payer au monde ces instants qu'il jugerait humiliants dans le futur. Pourtant, il n'y avait aucun mal à tout cela. Le militaire avait besoin d'aide, et il était dans la nature de Wolf de la lui offrir. De toute manière, il aurait été un bien mauvais représentant de l'église s'il en avait été autrement. Le fait qu'il soit nu n'était qu'un détail sans importance. De toute façon, l'être humain quittait cette terre dans le même était qu'il y était arrivé ; dans la plus parfaite nudité. Si encore il avait été laid à regarder...

Avec douceur, il reprit finalement le gant, et laissa la baignoire se remplir d'eau. Pendant ce temps, il en profita pour nettoyer le dos de Souseiji, que celui-ci ne risquait pas d'atteindre par lui-même dans cet état. Pour ce faire, il l'invita du geste à s'appuyer contre son épaule, sans se soucier de ses vêtements mouillés. Quand l'équilibre du militaire fut enfin stabilisé, Wolfram pu commencer à lui passer le gant sur les épaules et la nuque. Il commençait à avoir une vague idée de ce qui avait pu arriver à Sou. Les griffures sur son corps, et les bleus qui commençaient à apparaître, laissaient clairement entrevoir des rapports physiques mouvementés. Une femme n'aurait certainement pas pu maitriser l'homme maigre mais fort qu'était le capitaine de la Faction Bleue. Il s'agissait donc d'un homme. Un viol ? L'individu devait être costaud... Mais Wolfram n'était pas tout à fait sûr du caractère forcé de l'acte. Rien n'indiquait sur sa peau qu'il ait été entravé, ou quoi ce que soit. Un acte volontaire aurait pu, en revanche, expliquer l'état de détresse et de déni personnel qui frappait cet homme détruit intérieurement. Mais l'homme d'église n'était là ni pour comprendre, ni pour juger. Il n'avait pas à s'interroger sur la vie privée de Sou, même si ces marques profondes étaient bien intrigantes.

Il les nettoya de son mieux, et rallongea Sou contre son bras.


« Essayez de vous reposer un instant. Fermez les yeux, et détendez-vous. Rien ne vous arrivera tant que je serai là. »


Il caressa un instant le front légèrement humide, puis pris un peu d'eau afin de débarrasser le visage fatigué de la poussière et de la sueur. Sou ne s'en sentirait que plus frais, et...

« Vous auriez dû me laisser crever dans ce parc ... J'avais le droit de plonger en enfer, à considérer que cette ville ne le soit pas déjà. »


Le prêtre ne put retenir un sourire. Il était vrai qu'il lui arrivait de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Mais il avait du mal à croire que sa venue dans le parc, à ce moment pile de la soirée, était le fruit d'un pur hasard. Il laissa son pouce s'attarder un instant sur la joue qu'il nettoyait, et força gentiment l'homme à le regarder dans les yeux.

« Vous êtes bien dur envers vous-même, Souseiji. Quoiqu'il se soit passé, rien ne justifie une telle haine envers vous, car cela ne changera pas ce qui a été. »

Une phrase applicable à toutes situations, en fin de compte. Ce n'était pas en cherchant à se détruire que Sou changerait le passé, quelque fut l'évènement qui le rongeait petit à petit de l'intérieur. Mais cet aspect repentant et fragile prouvait au moins que l'homme n'était pas que la bête sauvage et dénué d'humanité que les gens décrivaient parfois, au coin d'une rue. Souseiji était loin d'être dénué d'émotions ; il les enfouissait, tout simplement.

Quand l'eau commença finalement à perdre sa chaleur, Wolf la laissa échapper. Sou avait pu laisser son corps se détendre, il était temps de le sortir de là. Les bras du prêtre se placèrent, l'un soutenant le dos et l'autre simplement passé sous les genoux, le corps nu appuyé contre son torse. Prenant garde à ne pas glisser dans une flaque d'eau, il transporta le capitaine jusqu'à son lit, où il l'assit avant de chercher du regard quelque chose à lui mettre pour lui tenir chaud. Avisant finalement un peignoir laissé à l'abandon sur une chaise, il s'en saisit et le lui posa sur les épaules.


« Je vais vous préparer du thé, cela vous réchauffera. »

Le moins que l'on pouvait dire, c'était que tout ici était à portée de main. Souseiji ne semblait pas s'encombrer avec des notions tel que le rangement et l'ordre. Tout était fait pour être pratique, sans prendre en compte son propre bien. Pourtant, un chez-soi bien rangé était toujours meilleur pour le moral. Au moins, Wolf n'eut-il aucun mal à dénicher le thé pour en préparer une tasse, qu'il amena délicatement aux lèvres de Sou pour le pousser à prendre une petite gorgée. Il lui laissa le petit récipient entre les mains, et prépara son nécessaire de soin. Principalement de la gaze et du désinfectant pour les nombreuses coupures. Soulevant le peignoir des épaules de Sou, Wolfram se contenta de le lui laisser sur les hanches, afin de respecter sa pudeur. Mais il devait dégager au moins les épaules et le dos, pour commencer. Quand le capitaine serait suffisamment calme et rassuré, le prêtre pourrait tenter de s'attaquer aux jambes, ainsi qu'au ventre.


« Ça va piquer un peu, mais mon petit doigt me dit que vous avez connu bien pire dans votre vie. »
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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 16/08/2009, 19:40    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

Souseiji c'était tut depuis plusieurs minutes déjà. Il fixait lascivement le mur d'en face, trop gêné pour jeter un regard au prêtre. Sa faiblesse croissante le terrassait, lui donnait envie de se noyer dans l'eau de la baignoire. Tristement il contempla le gant s'écraser au fond de la surface lisse, il aurait voulu échanger sa place pour en ressentir l'étouffement. La sensation qui le désagrégeait lui était insupportable de douleur, et l'adulte eut du mal à contenir les larmes qui se pressaient dans son regard sombre. Amer, il se sentait au bord du gouffre, seul et désespéré. Seul. Seul . Seul. Une litanie entêtante, une vérité troublante. Souseiji n'avait plus personne en ce monde. Rien ne l'attendait, rien ne le retenait. Alors qu'est ce qu'il cherchait si désespérément ? Quel était le but qui régissait sa vie ? Qu'est ce qui le poussait à ne pas se tirer une balle pour en finir définitivement ? Il l'ignorait. Bon dieu il ignorait jusqu'au moindre petit détail sur sa véritable nature. L'adulte s'était tant refoulé, que découvrir enfin ce mince filet de lumière qui brûlait en lui, l'effrayait. Que faire à présent que la carapace se brisait ? Allait-il vraiment devenir fou comme son frère le lui avait prédit ? Cette pensée lui arracha un frisson alors qu'il retenait dans un hoquet les larmes toujours plus nombreuses.

Souseiji releva subitement la tête alors que le prêtre l'invitait à venir s'appuyer contre son épaule. Il ne résista même pas, posant son visage humide sur le vêtement de l'adulte. Songeant que ses larmes seraient confondues avec l'eau qui ruisselait sur son visage le brun se laissa silencieusement aller. Rien ne trahissait qu'il pleurait, sauf peut-être quelques tressaillements de ses épaules, mais rien de vraiment précis pour en être convaincu. Le gant sur son dos lui arracha quelques plaintes silencieuses. Même les yeux fermés, il savait ce que Wolfram voyait, ce qu'il devait en déduire. Y penser lui arracha un frisson de dégoût. Il se haïssait. Mon dieu il se détestait tant. Il méritait ce qui lui arrivait, il méritait de souffrir autant. Ce n'était que le juste retour des choses, et il mourrait seul, sans personne pour le pleurer. Bien fait. Se disait-il. Car ses larmes ne laveraient jamais toutes les atrocités qu'il avait commit dans sa vie et qu'il perpétrerait encore. C'était le triste destin qui l'attendait. Le brun le savait. Il n'y avait plus aucun espoir, juste une lente et douloureuse descente aux enfers, jusqu'à ce qu'il souffre trop pour ne plus vivre. Souseiji n'aurait pas une mort glorieuse sur le champ de bataille. Il se suiciderait très probablement dans cet appartement, dans cette même baignoire. Il reposerait là, les veines ouvertes, et on ne le trouverait seulement parce que l'odeur de pourriture serait trop forte. Un triste sourire. Il ne doutait pas de cet avenir.

Bientôt le prêtre le reposa dans sa position initiale, et Souseiji retrouva l'appui de son bras brûlant.

" Essayez de vous reposer un instant. Fermez les yeux, et détendez-vous. Rien ne vous arrivera tant que je serai là."

L'adulte ne pu que l'écouter, trop épuisé pour faire autrement. Ses iris disparurent et sa tête se renversa en arrière tandis qu'une fugace caresse, dont il n'aurait jamais cru avoir droit, effleura son front. Souseiji songea à ce " rien ne vous arrivera tant que je serai là. " Il aurait tellement voulu le croire. Tellement. Mais ce n'était guère la présence de cet homme bienveillant qui empêcherait quoique ce soit à sa chute. Ses mains se mirent à trembler légèrement, puis cessèrent bien vite. Le prêtre n'avait pas la moindre idée de ce qu'il offrait au capitaine épuisé. Ces simples mots, ce tout petit rien de réconfort lui faisait réaliser à quel point lui-même était horrible et souillé. Il détourna la tête, se disant qu'il n'en méritait pas tant. Mais cette phrase lâchée si posément sembla faire réagir le prêtre qui, avec une douceur infinie, le força néanmoins à le regarder. Comme un enfant prit en faute, Souseiji chercha à se détourner, en vain.

" Vous êtes bien dur envers vous-même, Souseiji. Quoiqu'il se soit passé, rien ne justifie une telle haine envers vous, car cela ne changera pas ce qui a été. "

Non ça ne changerait jamais ce qu'il avait fait, ce sang d'innombrables innocents versé sur ses mains. Mais ces actes monstrueux justifiaient complètement la dureté avec laquelle il se traitait. Pourquoi la vie ne l'avait-elle pas arrêté ? Pourquoi personne n'avait été à même de le tuer une bonne fois pour toute ? De débarrasser cette ville de sa carcasse puante. C'était horrible. Une immondice, une aberration. Souseiji prenait en plein visage tout ce qu'il avait toujours refusé de voir et la chute était effroyablement douloureuse. Elle finit de consumer le masque de froideur qui recouvrait son visage, pour ne laisser qu'un adulte ruiné par l'existence qu'il avait mené. Il voulu lui répondre, et ouvrit même la bouche pour le faire avant de la refermer. Que dire à part que personne n'échappait bien longtemps à son destin. Et le sien était de disparaître ainsi, de s'envoler vers la place en enfer qui lui était réservée.

En fin de compte, le silence s'installa entre les deux hommes. Souseiji fixait le vide d'un air morose. Il ne sentit même pas l'eau se refroidir, ni même son corps se détendre. Sa souffrance l'obsédait, détruisait petit à petit tout le courage et la fermeté dont il faisait preuve en général. Le vrai Souseiji était un enfant fragile, aimant, heureux et souriant. Un enfant qui aimait plus que n'importe quoi son père et son frère. Pas cet automate sans sentiments qu'il était devenu avec les années. Cette triste vérité lui arracha une plainte silencieuse. Et puis soudain les bras du prêtre empoignèrent son corps malingre, le sortant de cette baignoire dans laquelle il aurait tant souhaité se noyer. Le brun ne chercha même plus à se défendre et s'appuya contre le torse puissant du gaijin. C'était la seule marque de douceur qu'on lui avait témoigné depuis des années. Un seul morceau de chaleur qui faisait fondre la glace qui recouvrait son coeur pétrifié. Ca faisait mal, tellement mal.

Se laissant complètement faire, l'adulte laissa l'homme le poser sur son lit. Immobile, Souseiji fixait les lattes du parquet, évitant soigneusement le regard pénétrant de Wolfram. Un peignoir vint recouvrir ses épaules, et lorsque l'homme alla lui préparer du thé, Souseiji lança pour toute réponse un vague "mmh" sans détourner le regard du sol devenu soudainement très intéressant. Le gaijin revint quelques instants plus tard, et amena délicatement la tasse à ses lèvres. Fébrilement l'adulte s'exécuta et but une gorgée du liquide brûlant. Lorsque l'objet fut entre ses doigts noueux, Souseiji s'employa à fixer désespérément le liquide ambré. Il souffrait, plus que jamais. Il souffrait de cette plaie béante faite à l'endroit de son coeur. Il trembla quelques secondes, suffisamment pour que la tasse de thé lui échappe et se renverse. Il fixa le liquide fumant se répandre sur ses jambes sans pour autant réagir. Le thé le brûlerait. Et alors ? Ce n'était guère qu'un avant-goût de l'enfer. La douleur lui vrilla soudain les nerfs, mais là encore il resta immobile. Le petit objet bientôt roula et vint s'écraser sur le sol dans un bruit sourd. "Je le mérite" psalmodiait-il tout bas. Un frisson lui parcouru l'échine. Il avait froid.

" Ça va piquer un peu, mais mon petit doigt me dit que vous avez connu bien pire dans votre vie. "

Pire ? qu'est ce qui pouvait être pire que cette douleur lancinante qui lui rongeait le coeur. Rien. Rien n'était pire que ce qu'il vivait aujourd'hui. Aux oubliettes les lamentations d'autrefois, en ce jour sombre de son existence Souseiji avait découvert la plus effrayante douleur qui soit, celle de l'âme. Ses mains se remirent à trembler de plus bel, alors que ses doigts osseux saisissaient sa sombre chevelure dans un vain espoir de chasser son trouble. La tête basse, il ferma les yeux dans un soupir. Il ne pouvait plus le supporter. Pitié, implorait-il mentalement. L'adulte jeta un regard désespéré au prêtre. Il étouffait. Mon dieu il étouffait à un point inimaginable. Il avait si froid. Si froid. Même la brûlure de ses jambes ne l'extirpa pas de cette atroce sensation de glace. Souseiji se souvint soudain de cette chaleur entêtante, des bras de son frère. Ces bras qui le protégeaient étant petit. Ces bras qui le rassuraient, qui apaisaient ses craintes. Cette douceur qu'il n'avait plus jamais eu depuis. Une larme unique roula sur sa joue. La souffrance était trop grande. Elle le submergea soudain et fut telle que le brun se laissa tomber au bas du lit, étendant soudainement les bras pour se blottir contre le prêtre, réclamant dans une plainte sa présence. Il logea son visage sur l'épaule de Wolfram, priant de toutes ses forces pour qu'il ne le rejette pas. Mon dieu il en avait terriblement besoin. Cette douceur, cette chaleur. C'était celle de son frère. Ce bonheur tant de fois rejeté. Tant de fois oublié. Mon dieu il le désirait tant, si ardemment. Souseiji n'en pouvait plus tant son coeur était lourd de remords et se laissa aller aux larmes silencieuses. Il ne voulait pas quitter ce corps, ni cette chaleur qui le brûla soudainement.

L'adulte se sentait complètement perdu et isolé. Il était radicalement différent de ce qu'il affichait d'ordinaire. Peu l'aurait reconnu et pour cause, ce n'était rien d'autre que son vrai lui, ce lui suintant par tous les pores de sa peau diaphane. Ce Souseiji dissimulé depuis plus de vingt ans, celui qu'il avait cru mort à jamais. Et que seul les défunts connaissaient.


" Ne me rejetez pas je vous en prie ... " Murmura t-il entre deux sanglots.

L'adulte n'avait plus aucune honte à se blottir ainsi contre un homme. A répandre sa tristesse. Il avait juste besoin de ses bras, de cette étreinte rassurante. Sa souffrance était inimaginable, et ce geste désespéré lui rappela à quel point il avait oublié qui il était, ce qu'il était, ceux qu'il aimait.


" Je vous en prie ... " Sanglota t-il dans un murmure.
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Wolfram E. van Wynsbergh
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MessagePosté le: 23/08/2009, 14:49    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant


Surpris par ce geste plutôt inattendu de l'homme, Wolfram resserra ses bras autour de lui, l'une de ses mains lui soutenant le dos et l'autre lui caressant la nuque dans un geste d'apaisement. La seule chose qu'il pouvait faire en cet instant était de rassurer Souseiji, et de lui offrir cette étreinte qui semblait tant lui manquer. Il n'avait plus rien du capitaine arrogant et impitoyable d'Aobatsu ; il n'était en cet instant qu'un homme, dans toute sa simplicité. Retrouver un tel statut devait être un véritable choc pour celui qui s'était formé, au fil des années, une épaisse carapace pour se retrancher du monde. Doux mais ferme, Wolf se pencha sur ce corps fragile pour le soulever ; il n'allait tout de même pas le laisser à moitié par terre, nu, blessé et encore humide qu'il était. Il se recula lui-même sur le matelas et s'adossa en position assise contre la tête du lit. Puis il allongea simplement Sou contre lui, le laissant reposer buste et tête contre son ventre et contre son torse, de façon à pouvoir le tenir contre lui. L'homme d'église chuchota des paroles rassurantes, tout en caressant les cheveux noirs qui tombaient en petites mèches folles sur le front de Sou.

Si un jour il en avait l'occasion, Wolf aurait aimé connaître un peu plus en détail le passé de cet homme déchiré. Il ne s'intéressait pas souvent à la vie des gens, jugeant que cela tenait au domaine exclusivement privé et ne le regardait donc pas. A moins bien sûr, que les gens ne veuillent se confier à lui. Mais il imaginait mal Souseiji Kyouaku lui raconter quels démons s'emparaient de son âme. Il n'était pas en état pour le moment, et la seule chose qui importait était de le calmer, et de le rassurer. Quant à la suite... Cet état n'était que temporaire. Le capitaine referait surface, probablement au lever du jour, le prêtre n'en doutait pas un instant. Mais d'ici là, il ne serait pas seul. Wolf était prêt à rester prendre soin de lui autant de temps qu'il le faudrait, quitte à se faire jeter dehors une fois que Sou reprendrait ses esprits. D'une main, l'homme d'église attrapa le peignoir resté en travers des jambes de son protégé, et s'en servi pour lui essuyer les cuisses. Le café brûlant avait déjà laissé des marques rouges dans la peau blanche et fine. Avisant la trousse de soin non loin de là, Wolfram s'en saisit et en tira une crème apaisante. Il dévissa le petit tube de sa seule main libre, l'autre caressant toujours la nuque et les épaules de Sou dans un geste protecteur, et déposa un peu du baume sur la peau rougie. Délicatement, il l'étala sur la peau fragile, faisant pénétrer la crème du bout des doigts. Sou était suffisamment blessé, il n'avait pas besoin de cela en plus. Traité suffisamment tôt, cette brûlure ne lui causerait qu'une gêne légère et passagère.


« Voilà, c'est fini... Reposez-vous à présent. Vous ne risquez rien. Jamais je ne vous rejetterai ; vous pourrez toujours compter sur moi... »

Déposant un baiser tendre sur le front de Souseiji, Wolf releva les petits mèches de cheveux qui lui tombaient devant les yeux. Il ne pouvait que noter la beauté de ce visage si pur en cet instant, toute trace de haine ayant momentanément disparue de son regard. La douleur en lui devait être atroce, et ses remords cruels, pour qu'il fut dans un tel état. Il semblait presque anéanti, et la douceur du prêtre avait eu l'air d'augmenter son trouble. Mais il était vrai qu'en tant que capitaine d'armée, Sou ne devait pas souvent avoir l'occasion d'une simple étreinte. Wolf rejeta ses propres cheveux en arrière. Les longues mèches ne cessaient de venir glisser sur le visage du militaire, lui caressant les joues et l'auréolant d'un léger rideau d'or, comme pour les isoler tous deux du monde extérieur. Le prêtre ramena le peignoir sur Souseiji, prenant garder de ne pas exposer le côté humide de café sur la peau déjà assez éprouvée. Il lui recouvrit ainsi les jambes, les hanches, ainsi qu'une partie du dos, et entoura le haut du corps de ses simples bras. La position était telle qu'ils pourraient rester un long moment ainsi. Suffisamment long, espérait-il, pour que Sou se sente rassuré.

« Quoiqu'il se soit passé, ce qui est fait est fait. La seule chose qui importe à présent, c'est ce que vous ferez à l'avenir. Trouvez qui vous êtes, et vivez votre vie pour vous-même. »

Il était clair intérieurement, Souseiji était profondément blessé. Une blessure qui ne pouvait être due qu'à un doute, une méconnaissance profonde de soi. Sans compter le contre-coup d'une vie de violence, dont le but était de pourchasser des âmes "perverties" afin de "corriger l'aberration"... Si l'hypothèse de Wolf était juste, même partiellement, et que le capitaine avait bien eu des relations sexuelles (sans doute non consenties vu les anciennes traces) avec un autre homme, l'écart entre l'acte et ses principes avaient probablement fait exploser le mur jusqu'alors inébranlable qui protégeait la part de fragilité de l'homme. Il n'y aurait plus à s'étonner de le voir dans un tel état de choc. Pourtant, Wolf ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait encore autre chose, de plus profondément enfoui.

« Si un jour vous éprouvez le besoin de parler, sachez que je serai toujours là pour vous écouter. Tout ce que vous pourriez avoir envie de me dire restera entre nous. Exprimer ses démons peut nous aider à nous en débarrasser... Quelque soit l'heure et quelque soit le jour, ma porte vous sera toujours ouverte. »


Cette proposition n'avait bien entendu rien d'indiscrète. Mais il était du devoir du prêtre Ezechiel de veiller au bien-être des âmes de ceux qui l'entouraient, autant qu'il le pouvait. Il y tenait particulièrement dans le cas de Souseiji ; l'homme fragile, que dissimulait son comportement habituel, souffrait profondément, jusqu'aux limites de la folie. Le poids qu'il portait était un lourd fardeau, trop lourd pour un homme seul. Et quoi de mieux qu'un prêtre pour vous tendre une oreille compréhensive ? De plus, cette fonction même interdisait de répéter les confidences, ce que Wolf n'aurait de toute manière pas fait. Si Sou voulait parler un jour, il saurait ainsi qu'il avait un ami, non loin de là. Un ami qui ne le jugerait pas, quoiqu'il ait pu faire. Sa main caressa une joue fraîche, et le prêtre referma légèrement son étreinte. Cette nuit au moins, il pourrait protéger Sou, et lui apporter toute la chaleur dont il avait besoin. Mais il doutait fortement que l'homme souhaitât se confier de sitôt.

« Nous pouvons aussi parler d'autre chose, si vous le souhaitez. Dites-moi ce qui vous passe par la tête. » proposa-t-il tout en caressant la courte chevelure d'ébène.
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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 31/08/2009, 12:03    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

Etait-ce le destin ?

Cette mélodie qu'il entendait murmurer dans l'oubli de son passé, était-ce le destin ? Celui-là même qui le rattrapait inexorablement aujourd'hui. Ces bris de souvenirs dispersés au vent lorsque son frère avait rendu le dernier soupir. Il l'ignorait, pourtant l'adulte savait qu'aujourd'hui n'était pas comme tous les autres, insipides. Aujourd'hui Souseiji s'était révélé au grand jour. Il avait retrouvé cette part de lui-même longtemps cru devenu cendres. Ce mince filet de ce qu'il fut autrefois. Cette impression, ce sentiment l'étouffait. Le brun suffoquait intérieurement, souffrait au delà de l'imaginable. Au delà du supportable. Les bras de son frère, voilà ce qu'il réclamait après plus de vingt années d'illusion morbide. Les mains qui se refermèrent sur lui, lui arrachèrent une plainte. Le pauvre homme sanglotait sur l'épaule du prêtre, incapable de le remercier pour ce qu'il lui offrait. Wolfram ravivait les cendres d'une vie passée, d'une vie que Souseiji croyait oubliée et perdue à jamais. Son étreinte se resserra autour de lui. Il ne voulait pas le quitter, il ne voulait pas laisser cette chaleur trop familière, tant de fois réclamée dans son sommeil agité. C'était dur. Trop dur. Tsukushi avait raison, voilà trop d'années qu'il se cachait, qu'il détériorait son corps dans le vain espoir d'en finir plus vite. Une sanction permanente pour un gamin paumé. Le Capitaine, du moins ce qu'il en restait à cette heure, n'était qu'une façade. Un vaste mensonge créé par lui-même pour se protéger des images son enfance. Celles là même qui l'avaient conduit dans un tel désarroi.

Le prêtre le leva soudain. L'adulte resserra encore son étreinte. Il se sentait si faible. Si épuisé. Son dos rencontra le lit dans un soupir alors que Wolfram s'installait tout près de lui. Confortablement lové contre l'homme, Souseiji but jusqu'à la lie ses paroles rassurantes, ronronnant presque sous les caresses si tendrement données à ses cheveux. Il était triste. Et paradoxalement si bien. Cette sensation étrange, cette attirance pour ce corps puissant, rassurant. Souseiji avait laissé les barrière s'effondrer. Il ne voulait plus lutter contre cette nature, cette préférence tant de fois haït, tant de fois maudit. Cette chaleur qui se répandait dans son corps légèrement tremblant, son souffle qui s'écrasait contre la douceur de la chemise. Pourtant une légère grimace vint troubler son visage alors que le prêtre essuyait le liquide précédemment renversé. Il frissonna en sentant sa peau tirer à cause de la légère brûlure. Souseiji leva les yeux vers Wolfram lorsqu'il se saisit du tube de crème et l'étala sur ses jambes. Par réflexe, l'adulte chercha à se dégager de ces doigts qui faisaient bondir son coeur dans sa cage d'os. Mais il fut bien vite résolu et dissimula son visage rougi par la honte contre le torse du gaijin. Il se sentait comme un enfant, aussi fragile, aussi sensible. De l'eau bordait ses yeux sombres, prête à se déverser à la moindre émotion.

" Voilà, c'est fini .... Reposez-vous à présent. Vous ne risquez rien. Jamais je ne vous rejetterai ; vous pourrez toujours compter sur moi ... "

Ces simples mots, ce tendre baiser sur son front laiteux. Ils ravivèrent une ancienne douleur. La culpabilité de s'être aussi longtemps voilé la face. Les larmes roulèrent sur ses joues diaphanes. Jamais, au grand jamais il n'avait espéré entendre quelqu'un lui dire de telles choses. La confiance, la douceur, l'amour ... Tout ça n'avait été que des notions inutiles, futiles. Jusqu'à aujourd'hui. Il regrettait sincèrement de n'avoir pu ouvrir les yeux avant. La banalité de son existence le submergea. Répandit en lui une douleur diffuse. Il n'était rien. Absolument rien. Il ne méritait même pas autant d'attention. Pourquoi ? Pourquoi était-il aussi ... gentil ? L'adulte releva le nez, interrogea le prêtre du regard. Souseiji craignait de formuler sa question. Il craignait d'entendre la vérité bien qu'il la devinait sans mal. Non. Décidément non. Il ne méritait pas tant d'attention. La froideur de ses pensées le glaça de nouveau. Mais bien qu'il restait dans les bras de cet homme, son visage se durcit. Alors qu'il réclamait tant de douceur, son esprit calculateur ne pouvait se résoudre à abandonner son ancienne enveloppe. Pourtant. Ces bras l'appelaient. L'adulte les désirait plus que tout. Il aurait voulu boire ces paroles. Mais lui, si solitaire, si désespérément seul, il ne pouvait pas croire que, même un prêtre, puisse ne pas vouloir le rejeter. Comment pouvait-il lui accorder si aisément sa confiance alors qu'il était sans doute, après Hazuki, le pire Aobatsu de cette ville.

" Quoiqu'il se soit passé, ce qui est fait est fait. La seule chose qui importe à présent, c'est ce que vous ferez de l'avenir. Trouvez qui vous êtes, et vivez votre vie pour vous-même. "

Souseiji reposa sa tête contre le torse du prêtre. Ce qu'il venait de lui dire le perturbait réellement. Le sortait de cette torpeur dans laquelle il s'était installé depuis trop longtemps déjà. Ce qu'il allait faire de l'avenir ? Mais y en avait-il seulement un pour une immondice telle que lui ? Qui accepterait de partager son existence en le connaissant, en sachant pertinemment ce qu'il était capable de faire. Le passé était certes le passé, mais il construisait irrémédiablement l'être du présent. En l'occurrence, lui, Souseiji Kyouaku, Capitaine redouté de la faction Aobatsu. L'adulte soupira en réfugiant son visage contre la chemise du gaijin. L'avenir lui semblait si sombre, si désespéré. Il entendait encore les mots de son défunt frère résonner. Il allait le détruire. Le détruire. Ca l'obsédait presque, et l'effrayait sans doute plus que de raison. L'avenir n'était qu'un trou sans fond, un chemin vers l'obscurité, vers l'oubli. Un sourire triste ourla ses lèvres. Quand bien même il reconnaissait la sagesse de ses paroles, l'adulte était persuadé qu'il n'y avait pas d'avenir pour lui, et que la fin était plus proche qu'il ne le pensait. Un Akabatsu aurait sûrement sa peau d'ici peu. Si ce n'était pas lui qui achevait sa propre vie misérablement.


" Trouvez qui je suis ... " Murmura t-il d'une voix étrangement rauque.

" Mais qu'est ce que je suis à part un assassin ? Quelle vie pourrais-je encore mener avec ce sang qui imprègne mes mains ? Vous vous faites des idées, il n'y a pas d'espoir pour quelqu'un comme moi. Aucun. Jamais. Je ne mérite probablement que l'oubli. C'est certain. "

Sa voix se brisa dans un souffle. La pierre qui recouvrait son coeur se disloquait. S'effritait avec les émotions impitoyables qui le submergeaient. La culpabilité le brisait, rompait son esprit déjà trop fragile. Souseiji se sentait épuisé, harassé par une vie dénuée de sens. Qu'est ce qu'il était ? Quelle chose était-il devenu avec ces années d'horreur ? Y avait-il seulement un avenir, seulement une place, une seule en ce monde qui portait son nom ? Il en doutait. Pire. Il en était convaincu. La fin serait tout aussi tragique que le début. Le voilà bien puni pour s'être voilé la face, pour s'être refusé à ce destin qui pourtant lui tendait les bras. Le brun songea un instant à la vie qu'il aurait mené si il n'avait pas choisi cette voie. Une vie diamétralement opposée à toute cette folie. Il aurait embrassé les convictions de son frère. Serait probablement rentré dans la faction rouge, s'y serait battu pour défendre ses convictions. Si il l'avait fait, il sourirait encore. Si il l'avait fait, il serait capable d'aimer, de chérir et de protéger. Si il l'avait fait, il serait tout simplement vivant, et pas ce monstre de froideur, cette coquille vide et sans âme. Vivant. Voilà tout ce qu'il n'était pas. Voilà ce qu'il se refusait d'être. Lorsqu'on était mort, on ne ressentait plus rien. C'était ce qui lui avait permit d'avancer sans trop souffrir. A présent que cette vaste illusion avait volé en éclat, la vie lui semblait insupportable.

Cette tristesse était à fendre l'âme. Se déversait en lui, l'étouffait, le brisait, l'anéantissait. Il avait mal, si mal. Et cette vision l'obsédait, le déroutait. Il voulait le voir, lui parler encore une fois. Il ...

" Sou ..."


L'adulte soupira lorsqu'il entendit sa voix. Tsukushi était toujours là. Il vivait quelque part dans le trou béant qui calcinait son coeur. Ses racines y étaient enfoncées, le déchiraient, le lacéraient comme les épines d'un rosier. Un parasite, et à la fois un souvenir bel et bien vivant. Sans doute était-il fou, rongé par la culpabilité, mais ça ne l'empêchait pas d'entendre cette voix, d'avoir sentit ses mains autour de sa gorge laiteuse pour l'achever. Le masque de l'adulte se rompit une nouvelle fois. Les larmes y coulaient, froides et silencieuses. Les dernières paroles du prêtre, il ne les entendit que dans un murmure. Exprimer ses démons. Et si le démon c'était véritablement lui. Cet autre Souseiji. Cette illusoire façade. Et si. Si il n'y avait rien derrière à part une souffrance sans bornes. Avait-il détruit tout ce qui restait de ce fragile petit enfant. Celui qu'une poigne un peu ferme aurait réussi à rompre sans effort. Le brun se redressa pour quitter les bras troublants de Wolfram. S'asseyant au bord du lit, il logea son visage dans ses doigts osseux. Quelque chose grondait à l'intérieur de lui. Une colère, impitoyablement mauvaise. Il se haïssait. Il haïssait ce qu'il avait fait de sa vie. Il haïssait les chemins qu'il avait prit. Il n'y avait rien à sauver, rien a espérer ...

" Sou ..."

Quoi ?

Pourquoi, tu ... tu, je, ça n'a pas d'importance en fait. Je sais que tu n'es qu'une image. Le simple fruit de mon désarroi. Qu'est ce que tu veux ? Que j'arrête de me faire si mal ? Ou penses-tu que je n'ai pas assez souffert ? Que je ne mérite pas encore le titre de diable ? Je sais ce que tu ... je pense. Nous pensons. Tous les deux nous le savons. Tous les deux nous ne nous berçons pas d'illusions. Tu n'as plus à te donner la peine pour m'ouvrir les yeux. Le miroir vient de voler en éclat. Je ne sais plus qui je suis, ce que tu es. Ce nous sommes en fait. Tu t'en es donné du mal pour que je sache enfin la vérité, que je cesse de refuser, de dénigrer ces événements passé. Un peu plus et j'aurais oublié. Mais ces souvenirs sont bien là. Cet ancien moi que je ne serais pas. Que je ne serais plus. Tu vois ? Même sans toi je me suis détruit. J'ai tout fais pour me faire souffrir, même indirectement. Je me suis drogué, j'ai annihilé jusqu'au plus petit atome de mes sentiments. Je m'évertue même maintenant à rejeter l'aide que l'on veut bien me donner. J'ai mal. Si tu savais à quel point. Mais tu dois bien le sentir puisque tu ... tu es moi. Non. Arrête. Je n'ai pas besoin de tes larmes, ni te ta pitié. Je devine ton sourire derrière ce visage. Je devine la satisfaction que tu dois éprouver à me voir ainsi. Si seulement je pouvais oublier. Si seulement je n'existais pas.

" Sou, arrêtes ça."

Arrêter ça ? Mais arrêter quoi ?!

De regarder la vérité en face ? De réaliser enfin que je ne vaux rien, et que j'aurais mieux fait de crever dans le caniveau il y a vingt ans ? Je ne veux pas, j'en ai assez de fuir tout le temps. Tu as gagné ... Tsukushi, ou quel que soit ton nom en réalité. Ca t'as été facile. Tu n'as même pas eu à livrer bataille. Juste à me pousser vers les ténèbres lorsque l'occasion se présentait. Pourquoi ne m'as-tu pas arrêté lorsqu'il était encore temps ? Pourquoi n'as-tu pas suspendu ma main lorsque j'ai tué notre père ? Pourquoi ne m'as-tu pas empêché de te tuer, toi ? De nous tuer en même temps ce jour là. Je suis mort avec toi grand frère. Oui je suis mort il y a vingt ans. Ce qui reste ici-bas n'est qu'une ombre. Une tâche d'encre sur un papier jauni. Lorsque j'ai ... cette trace carmin sur ton front. J'ai eu si mal. Si mal que je me suis brisé en un millier de morceaux. J'ai été éparpillé au vent, disloqué comme une vulgaire poupée de chiffon. J'ai seulement réalisé à ce moment là ce que j'avais perdu. Que je t'avais perdu pour toujours. Tu étais ce sang qui faisait battre mon coeur. Cette âme à qui je voulais toujours plaire, toujours sourire. Un double à nulle autre semblable. Je me souviens à présent comment j'étais, comment nous étions. Je nous ai tué. D'une simple balle qui à brisé le lien fragile et invisible. Grand frère ... je t'aimais. J'en ai presque été jaloux lorsque je t'ai vu partir avec un autre. Et avec toutes les horreurs que j'avais dans la tête je n'ai pu que te haïr. Grand frère, je t'ai détesté, je t'ai aimé. Sincèrement. Je suis désolé. Qu'est ce que je ... nous devons faire présent ? Quel avenir y a t-il pour deux lambeaux de chairs calcinés ? Tu veux me regarder souffrir, encore et encore jusqu'à ce que la folie me ronge complètement. Tu sais ce que je désir plus que tout ?

" Mourir ..."

Exactement. Mais tu me condamnes à vivre. Nous condamne à vivre. Pourquoi ? Pourquoi ne me laisses-tu pas partir ? Je n'ai que ça en tête ces derniers temps. Mais tu m'en empêche. Jamais je n'ai usé de tant de drogue pour te faire taire. Non. Ne dis rien. Tais-toi. Je ne veux pas t'entendre. Tu vois, je me bouche les oreilles. Mais je sais que c'est inutile contre toi. Tais-toi. Tais-toi ! Regarde ce que tu as fais. Je pleure maintenant. Je n'arrive pas à me calmer. C'est horrible. Arrêtes ça. Cesses d'être aussi tendre avec moi, je ne le mérite pas. Arrêtes ça. Arrêtes ça !

" Souseiji calmes-toi."

Tu n'as pas besoin de te faire si mal. Ce que je t'ai dis, c'était pour te forcer à réagir. Nous ne sommes qu'un. Je suis toi, tu es moi. Nous sommes morts ce jour là, et pourtant dans ce corps nous existons. Tu vois, je te sers dans mes bras. Je caresse tes cheveux. Calmes-toi Souseiji. Mon Souseiji. C'est égoïste je sais. Je n'écoute jamais tes supplications. Mais je vais continuer à te maintenir en vie malgré ton désir de mort. Je le fais pour toi, je le fais pour nous. Souffrance. Chagrin. Je ne peux que regarder impuissant l'immondice que tu as élevé et proclamé ton monde. Notre monde. Pourquoi je n'étais pas là lorsque tu as tué papa, lorsque tu m'as tué moi, toi. Parce que je n'existais pas. J'étais Tsukushi, j'étais toi, j'étais ce lien. Celui que tu as brisé par ta folie. Ces larmes. Je pourrais presque m'en délecter si tu ne me faisais pas autant pitié. Regardes ce que tu es devenu. C'est vrai que j'ai atteins mon but. Pourtant je ne suis pas satisfait. Te détruire n'est pas amusant. Je le croyais pourtant. Je t'ai haïs Souseiji, si tu savais à quel point. Mais sans toi, je ne suis rien. Moi. Toi. Nous. Tu es courageux Sou, courageux de m'avoir supporté, d'avoir enduré alors que tu avais mille occasions de te tuer. Qu'est ce qu'il y a ? Tu pleures encore ? Tu gémis même ? Allons, sèches-moi ces larmes. Tu n'as aucune raison d'être aussi dépité. Calmes-toi. Calmes-toi.

Tais-toi ! Je ne veux plus t'entendre. Persifleur ! Je sais où tu veux en venir. Ca ne te suffis pas. Tu veux que je souffre encore ? C'est bien ça ? Mon dieu, j'en ai assez. Assez. Je ne veux plus lutter. Pas pour cette vie dénuée de sens en tout cas.

Moi.
Toi.
Nous.


Nous ! Tu n'as que ce mot à la bouche ! Nous, nous ! Mais je veux être moi ! Je veux être seul. Disparais. Laisses-moi. Pitié ... laisses-moi. Laisses-moi. Je n'en peux plus. Je vais me briser encore une fois. Laisses-moi Tsukushi. Juste pour aujourd'hui. Je t'en prie. Je n'irais nulle part, promis.

" Sou ..."


Un murmure qui s'éteignit dans les méandres de son esprit disloqué. Souseiji sanglotait silencieusement sur le rebord du lit. Eloigné de ces bras, de cette douceur qu'il avait réclamé cette nuit. La douleur était atroce, insupportable, inimaginable. Et bientôt tout cessa. Son regard se perdit dans le vide, alors qu'il relevait faiblement la tête. Son visage ravagé par les larmes se tourna vers le prêtre. L'adulte soutint difficilement son regard. Ses paroles le hantaient. Se confier. Non il ne le pouvait pas. Jamais il ne pourrait avouer. Et puis malgré sa gentillesse, l'adulte ne tenait pas à l'engloutir dans son monde de folie. Souseiji resserra le peignoir autour de lui alors qu'il se laissait retomber sur le matelas. Il n'osa pas quémander les bras du gaijin, même si à cet instant, il avait une terrible envie d'être rassuré. Etait-il ... réellement ce garçon amoureux de son frère ? L'adulte avait un mal fou à s'en souvenir tant les images étaient troublés parce qu'il avait pensé toutes ces années. Le brun se tourna de côté et étendit la main vers la toison d'or du prêtre. Ses doigts noueux jouèrent quelques instants dans les cheveux. Cette vision lui sembla presque angélique tant elle fut apaisant pour lui.

Mourir ...


L'adulte se mordilla nerveusement la lèvre alors qu'il délaissait la douce chevelure. Il songea à Hazuki. A ce qu'il avait ressenti. Est-ce que tout ceci était bel et bien réel ? Cette chaleur qui lui avait consumé les reins, cette douleur atroce qui lui avait rompu l'échine. Il avait cru mourir et vivre en même temps. Il avait cru être écartelé par ces émotions nouvelles. Celles qui lui avaient jeté au visage la réalité de son monde, l'atrocité qu'il était, l'ombre qu'il devenait. Le brun trembla, submergé par l'horreur. Il ne savait plus qui il était, ce qu'il était.

Moi.
Toi.
Nous.
Une dernière fois.


Son regard disparu derrière ses paupières. Souseiji inspira avant de lâcher d'une voix étrangement suave :


" Baisez-moi. "
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MessagePosté le: 24/09/2009, 22:48    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant


Les paroles rassurantes se semblaient avoir un effet que trop éphémère sur le jeune homme. Plus que sérénité, cela semblait même attiser un peu plus le conflit intérieur qui monopolisait presque entièrement l'attention du capitaine Aobatsu. Même si celui-ci semblait actuellement avoir pris quelques vacances imprévues ; il ne restait là plus que Souseiji Kyouaku en proie à ses démons intérieurs. Démons qui n'avaient pas l'air de vouloir le laisser en paix de sitôt, car le regard sombre ne cessait de se voiler de plus en plus.

« Mais qu'est ce que je suis à part un assassin ? Quelle vie pourrais-je encore mener avec ce sang qui imprègne mes mains ? Vous vous faites des idées, il n'y a pas d'espoir pour quelqu'un comme moi. Aucun. Jamais. Je ne mérite probablement que l'oubli. C'est certain. »

Le prêtre se permit toutefois un sourire à cette interrogation légitime. Quelle vie pouvait-on espérer en effet, lorsque l'on sait qu'elle se passera sous le signe du regret ? Toutefois, Wolfram n'était pas de ceux qui jugeait nécessaire une punition éternelle. Les remords étaient le pire destin qui soit, à ses yeux ; quoiqu'il fisse, Souseiji ne pourrait rien changer à ce qu'il avait fait. A quoi pourrait donc servir une punition ? L'oubli et le désintérêt étaient loin d'être nécessaire.

« Ce qui compte à présent, c'est ce que vous comptez faire de votre avenir. Certains ne réalisent jamais, sont tout bonnement incapable de prendre pleine mesure de leurs actes. Vous n'êtes pas de ceux-ci. N'est-ce donc pas un signe que rien n'est perdu pour vous ? »

Il en était persuadé. Mais là encore, ce n'était pas ses propres convictions qui entraient en ligne de compte. Seul Souseiji avait prise sur son devenir ; s'il décidait de changer pour rattraper ses erreurs, ou s'il déciderait d'assumer cette comédie jusqu'au bout. Oh bien sûr, il pouvait toujours remettre cette décision à plus tard. Ou continuer comme avant, en se voilant volontairement la face.
Wolf regarda s'éloigner le capitaine épuisé, tout pris à ses pensées intérieures. L'homme avait sans doute besoin de rester seul un moment, malgré son envie visible et contradictoire de resté blotti dans ses bras. Si l'homme d'église avait décidé de respecter cette décision, il décida d'en faire fit lorsqu'il vit les épaules agitées de sanglots douloureux. Silencieux, il se glissa aux côtés de Sou et le repris délicatement contre lui, l'invitant une nouvelle fois à laisser reposer son dos contre son torse. Il laissa ainsi ses bras passer autour de la taille fine mais délicatement musclée du capitaine, et lui chuchota une nouvelle fois des paroles rassurantes au creux de l'oreille.


« Baisez-moi. »

Si la situation n'aurait pas été si sérieuse, Wolfram lui aurait probablement demandé de répéter. Mais il ne pouvait y avoir aucun doute sur le sens de cette phrase. Ou plutôt, sur le sens de ces deux mots. Il inspira profondément, cherchant une réponse appropriée à cette requête si étrange venant d'un tel individu. Plusieurs choses lui traversèrent l'esprit, donc la pensée amusée que Sou ne semblait pas douter un instant qu'il avait un homosexuel devant lui. Pour cela, le militaire avait eu de la chance de tomber sur un prêtre ouvert d'esprit tel qu'il l'était. Non pas qu'il souhaitât se jeter des fleurs, mais dans cette ville... L'on pouvait (et devait) s'attendre à tout. Y compris, apparemment, à entendre les têtes de l'armée homophobes vous demander des services homosexuels.
Mais l'heure n'était pas à plaisanter. Sou devait être bien plus chamboulé qu'il n'y paraissait de prime abord. Tendrement, l'homme d'église lui caressa le front, le berçant doucement entre ses bras.


« Je n'ai pas l'impression que vous "baiser" dans votre état serait un service à vous rendre... »

Il n'y avait pas vraiment de bonne réponse à donner, autant jouer la carte de l'honnêteté dès le début. De toute manière, enjoliver la réalité n'aurait servi à rien. De plus, Wolfram aurait été bien indélicat de prétendre que le capitaine ne lui plaisait pas. Son physique était loin d'être désagréable, et sa personnalité déchirée et imprévisible avait un je-ne-sais-quoi de plutôt charmant.
Par ailleurs, il ne baisait plus depuis longtemps. S'il lui arrivait d'avoir des histoires d'un soir, il était bien incapable de ne pas y mettre un minimum de sentiments. La baise était purement sexuelle et animale. Baiser quelqu'un était lui manquer de respect, et de cela, Wolf était bien incapable. Les yeux plongés dans ceux de Sou tourné vers lui, le prêtre le laissait jouer avec ses mèches de cheveux tout en cherchant à sonder ses pensées. Le pourquoi d'une telle demande était difficile à trouver. Tout doucement, il approcha son visage du sien et laissa poser ses lèvres au coin des siennes pour un chaste baiser.


« Vous baiser, je ne peux décemment pas. Je pourrai néanmoins vous faire l'amour, si je n'avais l'impression de profiter de vous. »

Du pouce, il caressait une pommette douce et laiteuse. Il aurait été mensonger de prétendre que ce corps nu, à peine protégé d'un simple drap de bain, n'avait rien de désirable. Mais aurait-ce été honnête d'accepter ? Sou n'était visiblement pas dans son état normal. Aussi le blond décida-t-il de laisser venir les choses. Si le capitaine changerait d'avis, ou poursuivrait sur sa lancée. Auquel cas...
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Souseiji Kyouaku
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MessagePosté le: 18/10/2009, 12:11    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram] Répondre en citant

" N'est-ce donc pas un signe que rien n'est perdu pour vous ? "

Rien n'était perdu pour lui ? Est-ce que le prêtre croyait sincèrement en ce qu'il racontait ? Souseiji ne se voilait pas la face, il allait droit dans le mur. Irréparable condition de vie qui l'étouffait désormais. A trop vouloir le diable, il avait fini par le trouver. L'adulte affrontait ce qu'il y avait de pire en lui, ces doutes effroyablement misérables. Cette existence dénuée de sens, ce passé atroce et cet avenir de cendres. Son chemin était calciné d'avance. Qui avait-il de bien à réaliser ? A voir la vérité et se la prendre en pleine face, si c'était pour nous laisser aussi vierge que le nouveau-né, aussi malheureux que la pierre elle-même. Souseiji aurait préféré ne pas se souvenir de cet amour épouvantable qu'il nourrissait pour son jumeau. Il aurait préféré oublier, consumé par la drogue qu'il prenait chaque jour. Mais au lieu de ça, son terrible secret était plus imperturbable, plus confus que jamais. Son esprit se retrouvait déchiré entre les désirs du présent et du passé, mêlés l'un à l'autre dans une schizophrénie qu'il peinait à contrôler. Qui allait finalement le consumer ? Allait-il devenir fou, céder à la bête qui hurlait en lui ? Cette violence immonde, seule réponse à tout son désespoir. Souseiji se sentait las. Las de cette existence à demie-vécue. Il était à deux doigts d'abandonner, à deux doigts de sombrer dans la douleur la plus absolue. Dans cette amante immonde qui irradiait, envenimait lentement son esprit affaiblit par l'alcool et la drogue. Il n'y avait plus d'espoir. Et le refus de bloc que lui imposa le prêtre acheva de le disloquer complètement. D'identité il n'avait plus vraiment. Et cette morbide litanie paracheva l'œuvre sanglante de sa vie. Il n'y avait plus d'espoir pour lui. Son esprit s'abandonna complètement à la noirceur de son passé, jusqu'à se faire dévorer par lui, jusqu'à ce qu'il étouffe .

Cette étreinte...

L'adulte laissa une plainte briser le silence alors qu'il se laissait bercer par le prêtre. Bien sûr que ce n'était pas un service à lui rendre, mais ce contact, cette réalité pesante et douloureuse, voilà ce dont il avait besoin. Souseiji ne voulait pas sombrer, car quelque chose en lui continuait de croire en un avenir meilleur. Même si ses rêves lui soufflaient une fin misérable. Il voulait y croire. Croire que quelque chose changerait enfin. Aimer à nouveau, oublier ce passer, et cesser de renier sa nature profonde. Cette attirance intolérable. Mais qui voudrait de sa carcasse abîmée ? Personne ne le pleurerait le moment venu. Et il n'y aurait qu'une chaleur infernale pour l'accueillir au delà de la mort. Seul, pour toujours et à jamais. Son regard s'embua à nouveau de tristesse. Pourquoi était-il si seul ? La guerre ne suffisait plus à combler le vide depuis longtemps, et à présent il regardait Wolfram comme sa seule porte vers la délivrance. Il n'y avait que cet homme de foi pour lui ôter ce poids suintant d'horreur. Que lui pour faire renaître un peu celui qu'il fut dans ses rêves. Souseiji savait que c'était sa seule et unique chance de sortir du cercle. Partir loin de cette vie, de sa fonction. Aobatsu. Sa plus grande erreur, immensément sombre. Trahison à l'avenir qu'il éveillait soudain là. Le brun ne voulait plus se battre, pas avec ce goût amer, ce doute permanent. Il avait ôté tant de vies, et dispensé le malheur à travers cette ville. Le voilà qu'il en éprouvait des remords, conscient qu'au delà de l'appellation, ils étaient tous semblables.

Le brun soupira, conscient que plus rien ne serait jamais pareil après cette nuit. Il était prêt, prêt à abandonner définitivement ce chemin d'illusions perdues. Il suivrait désormais ce murmure à peine audible, ce mélancolique appel vers ce Souseiji depuis trop longtemps refoulé. Ses yeux s'ouvrirent soudain alors qu'il sentit la brûlure naissante des lèvres du prêtre au coin des siennes. Son expression surprise se perdit dans le silence de la pièce alors qu'un vide immense le rongeait soudain. Ce contact, cette chaleur épouvantable. Etait-ce ... du désir ? L'adulte secoua la tête, perturbé par la déchirure qui grandissait lentement en lui. Ses convictions s'effondraient une à une. Rien ne serait plus comme avant. Il ne pouvait plus se voiler la face plus longtemps. Ce désir traduisait cette frustration étendue sur plusieurs décennies. Ce goût de l'interdit, cet amour morbide. Son frère et lui, fondu l'un à l'autre. Existant dans le même instant, le même présent. Il avait fait revivre un souvenir perdu, une voix qu'il n'entendrait plus jamais. Et pourtant elle vivait en lui, l'incitant à aller de l'avant, à céder enfin à son souhait le plus grand. Se retrouver, savoir qui il était, ce qu'il était. Et pour ça, il n'existait qu'un seul et unique moyen, que Wolfram lui avait refusé. La seule façon de savoir enfin.

" Vous baiser, je ne peux décemment pas. Je pourrai néanmoins vous faire l'amour, si je n'avais pas l'impression de profiter de vous. "


"Profiter de moi ?" Répéta t-il distraitement.

Mais qui n'avait pas profité de lui dans cette vie ? Même Hazuki ne s'était pas gêné pour le faire. Souseiji se détourna, soudain rendu honteux par son manque de discernement. Comment avait-il pu croire un seul instant que l'homme veuille de lui ? Comment avait-il pu ne serait-ce qu'une seconde, croire que la délivrance viendrait avec lui. Il se sentait, sale, souillé au plus profond de son être. Piétiné par une trop grande gentillesse. Une eau limpide roula sur ses joues alors qu'il se recroquevillait sur le lit comme un animal blessé cherchant à fuir le prédateur. Tout ça lui semblait injuste. Mais il méritait ce qui lui arrivait. Il méritait ce manque d'amour, ce manque d'attaches. Tout ça n'avait plus de sens. Sa vie ne valait même pas la peine d'être prolongée. Pourtant. Oui pourtant quelque chose dépassa ce désespoir profond. Submergea cette tristesse immonde. Une colère sourde croissait en lui, irradiant ses veines. Souseiji voulait se rebeller contre ce destin trop dur. Il voulait savoir lui aussi, il voulait connaître ça. La rage l'enflamma soudain, embuant ses yeux clairs. Le Capitaine se redressa vivement et plaqua ses mains de chaque côtés du visage de Wolfram. Pourquoi ? Pourquoi lui avoir dit ça ? Son visage ne reflétait rien, poupée de porcelaine aux yeux pénétrants. Dans ses prunelles dansait une lueur silencieuse, mais incroyablement lourde de sens et d'interrogations.


" Mais la vie profite de chacun d'entre nous. Cette ville nous ronge jusqu'à ne laisser qu'un morceau de chair calcinée. Je ne suis plus rien à part de la cendre. Je ne suis plus rien vous entendez ! Mais ça ne veux pas dire que je n'ai pas conscience de ce que je dis. Je veux simplement savoir qui je suis ... "

Souseiji s'interrompit et nicha ses iris océans dans celles de son comparse. La douleur revint en lui, plus forte que jamais. Et une eau limpide dégringola le long de son visage inexpressif. Il souffrait comme jamais auparavant, bien trop conscient de sa vie à présent, de cette réalité qu'il fuyait grâce à la drogue. Ses mains se mirent à trembler alors qu'il perdait contenance, pour ensuite se lover contre la gorge du prêtre. Sa respiration douloureuse brisait parfois le silence tandis que l'adulte essayait vainement de rassembler ses pensées. Combat échoué d'avance. Une seule idée le frappa, un seul désir, celui de savoir enfin, celui de connaître enfin ce que son père et son frère avant lui avaient éprouvé. Cette fatalité rejetée de bloc. Ses membres tremblèrent de plus bel, déchirés par une appréhension peu commune.

" Je veux savoir ... " Murmura t-il soudain.

" Je veux savoir ce que ça fait d'être désiré, d'être aimé ... "

Il frissonna.

" Je ne veux pas partir sans savoir. "

Partir ...

Un euphémisme pour ne pas dire mourir. Souseiji ignorait combien de temps il lui restait, mais il savait que la drogue aurait raison de lui. Le manque se faisait plus grand à mesure que le temps passait, il voulait savoir avant de perdre complètement la raison. Pourtant il savait qu'il n'attendrait pas que cela arrive. Il existait un moyen pour finir sa vie au moment voulu. Un seul avant de devenir grabataire et tributaire du bon vouloir de Sasuitachi. Suicide. Peut-être allait-il commettre l'irréparable dans les prochains mois. Une fois qu'il aurait fait la lumière sur lui-même, il n'aurait plus aucune raison de fouler le sol de cette ville. Et il ne chercherait pas la mort en vain. Il la ferait venir à lui. Quelque part il était résolu à finir ainsi, sans gloire et sans honneur. Un simple nom rayé sur une feuille de naissance. Au moins ça fin réjouirait d'autres troupes. Son regard s'embua de tristesse, il n'y avait plus d'illusion à avoir, juste de terribles regrets. Ses bras tremblants se serrèrent autour de la nuque du prêtre, approchant dangereusement leurs corps l'un de l'autre. Et toute l'incongruité de la situation le frappa soudain. Il réalisait qu'il avait demandé à un homme qu'il connaissait à peine de l'aimer d'un amour improbable. Comment pouvait-il être aussi bête. Souseiji s'écarta lentement, incapable de soutenir le regard de l'homme. Le brun se sentait pitoyable de bêtise, si fort que son visage s'ourla d'une expression neutre afin de cacher, de masquer cette douleur qui lui déchirait les entrailles. Il quitta le lit pour chercher quelques vêtements dans un tiroir et les poser sur la commode, s'apprêtant à les revêtir. L'adulte resta là, sans rien faire, sans bouger, fixant par la fenêtre la pluie qui s'échouait sur la ville. Ces larmes qu'il n'arriverait pas à verser. Plus maintenant que la souffrance entachait son âme. L'adulte amena ses bras noueux autour de son torse, dans un geste dérisoire de protection. Le peignoir cintrait ses reins, masquant l'intimité de son corps. Quelques instants encore avant de chasser cette illusion perdue. Il avait froid.


" Je suis désolé ... " Lança t-il d'un ton faussement neutre.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:18    Sujet du message: Home Sweet Home [Wolfram]

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